Vingt-quatre jours après leur arrestation, aucune avancée n’a débloqué le dossier des deux journalistes français retenus au Togo. Sébastien Perez-Pezzani et Gaël Mocaër, réalisateurs pour l’émission « Les Routes de l’impossible » diffusée sur France 5, ont été interpellés le 27 juillet dans le nord du pays, alors qu’ils tournaient pour la société de production Tony Comiti.
Une arrestation dans une zone sensible
Les deux hommes se trouvaient dans la région de Kara, à environ 450 kilomètres de Lomé, quand ils ont été appréhendés. Selon Tony Comiti, fondateur de leur société de production, ils auraient franchi sans le savoir une zone interdite aux journalistes, à un ou deux kilomètres près. « Tout était en ordre, les autorisations de tournage et les visas », a-t-il assuré sur France Inter. Leurs passeports et leurs rushs ont été confisqués et les deux réalisateurs accusés d’espionnage, avant d’être placés en résidence surveillée à l’hôtel grâce à l’intervention de la diplomatie française. Le 17 août, un juge d’instruction togolais les a placés sous mandat de dépôt.
Le Quai d’Orsay revendique une pleine mobilisation
Le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères a confirmé le 18 août la détention des deux ressortissants, précisant qu’ils « font actuellement l’objet d’une information judiciaire conduite par un juge d’instruction« . Trois visites consulaires ont eu lieu depuis leur arrestation. Selon le Quai d’Orsay, « les services du ministère, à Paris et à Lomé, sont pleinement mobilisés pour s’assurer de leurs conditions de détention, de leur état de santé et du respect de leurs droits à la défense« . L’ambassade et le Bureau de la protection des détenus à Paris resteraient en contact permanent avec l’avocat des deux hommes, leur employeur et leurs familles. Les autorités togolaises n’ont fait aucune déclaration publique sur ce dossier.
Un dossier que leur employeur juge sans avancée
Tony Comiti a indiqué que le ministère faisait son travail, tout en constatant l’absence de progrès concret dans le dossier. Aucune précision officielle n’a été donnée, ni par Paris ni par Lomé, sur les charges précises retenues contre les deux réalisateurs ni sur la date d’une éventuelle libération.
Cette détention survient dans un cadre de tensions entre Paris et Lomé sur les questions de presse. Depuis juin 2025, RFI et France 24 restent interdites d’antenne au Togo, les autorités togolaises leur reprochant d’avoir diffusé des propos jugés inexacts après des manifestations critiques envers le pouvoir. Le pays occupe la 97e place sur 180 dans le classement 2026 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. En avril, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s’était rendu à Lomé, première visite officielle française de si haut niveau depuis dix ans, et avait plaidé pour la levée de la suspension des deux médias. La région des Savanes, où les deux journalistes ont été interpellés, est sous état d’urgence depuis 2022 en raison des incursions de groupes armés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique depuis le Burkina Faso voisin.
