Les failles révélées par les frappes iraniennes contre les bases américaines seraient bien plus dangereuses face à la Chine, selon l’analyste en défense Seth Jones, président du département Défense et Sécurité au Center for Strategic and International Studies. Dans une tribune publiée le 10 août par le Wall Street Journal, il affirme que « le défi dans le Pacifique est bien plus grand » que celui posé par l’Iran.
Un bilan matériel lourd en Asie occidentale
Depuis l’ouverture des hostilités, l’Iran aurait mené plus de 2 000 frappes aériennes, tirs de missiles et attaques de drones à travers la région. Au moins 20 sites utilisés par l’armée américaine, répartis dans huit pays, auraient été touchés, y compris des installations récemment visées en Jordanie. L’analyste a souligné que ces attaques démontrent que les États-Unis ne sont pas suffisamment préparés à défendre leurs bases, leurs infrastructures critiques et leur personnel à l’étranger.
Un rapport du Center for Strategic and International Studies, où Jones dirige le département Défense et Sécurité, précise que l’armée américaine a tiré plus d’un quart de ses intercepteurs THAAD en quelques jours d’opérations contre l’Iran, et aurait épuisé jusqu’à 50 % de son stock d’avant-guerre en intercepteurs THAAD, SM-3 et Patriot.
« La menace chinoise est encore plus grande »
Jones estime que « les États-Unis ont été trop lents à tirer les leçons de la guerre en Ukraine » pour protéger leurs bases au Moyen-Orient. Il ajoute : « la Chine représente une menace bien plus sérieuse que l’Iran, avec un arsenal plus important et plus performant de drones et de missiles de croisière, balistiques et hypersoniques. »
L’analyste juge que les bases américaines disséminées entre le Japon, les Philippines, Guam et la Corée du Sud sont « hautement vulnérables » aux missiles et drones chinois et nord-coréens. Cette mise en garde reflète un climat où Washington considère désormais la Chine comme un rival militaire de premier plan. Selon les données compilées par GlobalMilitary.net, la marine chinoise aligne environ 1 023 navires contre 243 pour la marine américaine, même si les États-Unis conservent l’avantage en aviation avec 12 784 appareils contre 3 440 côté chinois.
Une base industrielle jugée en retard
Dans un rapport distinct pour le CSIS, Jones avait déjà alerté sur l’écart entre les capacités industrielles des deux pays, affirmant que la capacité de construction navale chinoise dépasserait 230 fois celle des États-Unis, un seul chantier naval chinois surpassant l’ensemble des chantiers américains réunis. Il avait également relevé que l’industrie de défense chinoise fonctionnerait déjà sur un pied de guerre, contrairement à celle des États-Unis, restée sur un rythme de temps de paix.
Des responsables américains cités par le Wall Street Journal le 18 juillet avaient par ailleurs indiqué craindre que la Chine et la Russie apportent un soutien au ciblage par l’Iran des installations américaines dans la région, un soupçon qui alimente les inquiétudes formulées par Jones sur la vulnérabilité globale du dispositif militaire américain face à Pékin.
