La Flotte du Pacifique russe a annoncé jeudi avoir mené des tirs de missiles au large des îles Kouriles du Sud, un archipel disputé avec le Japon. Deux missiles antinavires Vulkan ont été tirés depuis le croiseur Varyag, un missile de croisière Granit depuis le sous-marin nucléaire Omsk, et des missiles Oniks depuis une batterie côtière Bastion basée sur l’île d’Etorofu, selon le ministère russe de la Défense.
Des cibles détruites selon Moscou
Les munitions ont visé des cibles simulant des navires ennemis. Selon la Flotte du Pacifique, l’ensemble des cibles a été détruit lors de cet exercice, mené à une distance supérieure à 300 kilomètres. Ni la date exacte ni la localisation précise n’ont été précisées par les autorités russes.
Ces tirs interviennent une semaine après la visite du président Vladimir Poutine sur Etorofu le 13 août, une première pour un chef d’État russe sur ce territoire. Le Japon, qui revendique l’archipel sous le nom de « Territoires du Nord », avait été notifié de l’exercice le 5 août et avait déposé une protestation préalable.
Tokyo dénonce un renforcement militaire jugé inacceptable
Le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, en déplacement à Oman, a jugé que le renforcement militaire russe sur les Territoires du Nord va à l’encontre de la position du Japon et reste inacceptable. Il a précisé que Tokyo rassemblait des informations sur l’exercice.
La Première ministre Sanae Takaichi avait qualifié la visite de Poutine du 13 août d‘ »absolument inacceptable« , affirmant que les îles sont intrinsèquement japonaises, tant sur le plan historique qu’au regard du droit international. Elle a ajouté que cette visite avait durci le sentiment antirusse au sein de la population japonaise et compliqué toute perspective de normalisation des relations à moyen terme.
En représailles aux déclarations de Takaichi, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Galouzine, a convoqué le 18 août l’ambassadeur japonais à Moscou, Akira Muto, pour protester contre ces propos jugés hostiles à la Russie. Il a averti que Moscou se réservait le droit de prendre des contre-mesures appropriées.
Un différend hérité de la Seconde Guerre mondiale
Le contentieux territorial remonte à la fin de la Seconde Guerre mondiale : l’Union soviétique s’était emparée des quatre îles les plus au sud de l’archipel — Etorofu, Kunashiri, Shikotan et les îlots Habomai — entre le 19 août et le 5 septembre 1945, après la capitulation du Japon. Ce différend, vieux de plus de huit décennies, empêche toujours la signature d’un traité de paix formel entre Moscou et Tokyo.
Le système Bastion, capable de frapper des cibles jusqu’à 500 kilomètres, est déployé sur Etorofu depuis 2016. L’archipel des Kouriles offre à la marine russe un accès libre de glace entre la mer d’Okhotsk et l’océan Pacifique, et sert de couverture avancée au district fédéral de l’Extrême-Orient russe, où sont basés des sous-marins nucléaires et des missiles balistiques. Le Japon s’est aligné ces dernières années avec les pays du G7 dans le soutien à l’Ukraine, avec des sanctions contre la Russie, ce qui a contribué à la dégradation continue des relations bilatérales depuis 2022.



