Des bases militaires américaines situées en Bulgarie et à Chypre figurent parmi les cibles évaluées par les forces iraniennes en cas d’escalade du conflit. Cette information provient de deux sources proches du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), citées mercredi 19 août par le Financial Times.
Des scénarios étudiés par le CGRI
D’après ces deux sources, le commandement iranien aurait envisagé plusieurs pistes de riposte visant des sites américains en Europe du Sud-Est. Le quotidien britannique qualifie ce risque de « réel, mais limité ». Dans les faits, le CGRI serait en mesure de viser ces positions à l’aide de missiles balistiques de portée intermédiaire, sans toutefois pouvoir frapper efficacement des cibles plus lointaines : passé un certain rayon d’action, il faudrait alléger la charge explosive des missiles de plus longue portée, ce qui en réduirait la puissance de frappe.
Le document mentionne par ailleurs une autre piste de menace, cette fois hors du continent européen : Téhéran aurait étudié l’option de s’attaquer aux câbles sous-marins en fibre optique qui longent le détroit d’Ormuz, si la situation venait à s’aggraver.
Une guerre bloquée depuis des mois
Cette évaluation intervient alors que le conflit entre dans son huitième mois, sans qu’aucune issue négociée ne se dessine. Les canaux diplomatiques entre Washington et Téhéran restent coupés : mardi, Donald Trump a déclaré qu’aucune discussion n’était en cours avec l’Iran, avant d’ajouter, lors d’un rassemblement à Long Island, qu’il envisageait de « déclarer le détroit d’Ormuz territoire des États-Unis » une fois l’Iran « vaincu ». Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a répliqué que le contrôle du détroit par Téhéran restait pleinement effectif. Pour l’économiste Mohit Kumar, de la banque Jefferies, ce blocage tient à une équation simple : « l’Iran ne renoncera pas au contrôle du détroit, et les États-Unis n’accepteront jamais une solution qui permettrait à Téhéran d’en taxer le passage ».
Les frappes directes se sont espacées depuis les premières semaines du conflit, mais des incidents ponctuels continuent de survenir dans le détroit, où plusieurs navires liés à des compagnies pétrolières émiraties ont été visés au cours du mois d’août. Malgré ce climat de tension prolongée, les cours du pétrole demeurent sous la barre des 100 dollars le baril depuis plusieurs mois, une partie du trafic maritime continuant de transiter par la zone. C’est dans ce cadre de statu quo armé, où ni percée diplomatique ni escalade majeure ne s’est produite depuis plusieurs semaines, que les révélations du Financial Times relancent la question d’une extension géographique du conflit vers le territoire européen.
Chypre, une cible déjà visée en mars
L’île de Chypre n’est pas un théâtre inédit dans ce conflit. Dès les premiers jours de la guerre, fin février et début mars, les représailles iraniennes lancées dans le cadre de l’opération « Promesse honnête 4 » avaient déjà brièvement touché des zones proches des frontières de l’Union européenne, avant que les tirs ne se concentrent sur le Moyen-Orient et le Golfe. La base aérienne britannique d’Akrotiri, sur l’île, héberge des moyens utilisés par les forces occidentales dans la région, ce qui en fait une cible régulièrement citée dans les analyses militaires depuis le début des hostilités. Aucune confirmation officielle, ni de Washington ni de Téhéran, n’est venue à ce stade corroborer les informations avancées par le Financial Times.



