Maison de l'Argentine : l'influence de Javier Milei questionnée jusqu'à Paris

Une enquête pourrait bientôt s’ouvrir sur la gestion de la Maison de l’Argentine, résidence de la Cité internationale universitaire de Paris. La Ville de Paris en a fait la demande au Quai d’Orsay dans un courrier daté du 30 juillet, réclamant aussi une intervention diplomatique française auprès de Buenos Aires.

Un directeur nommé par Buenos Aires

À la différence des autres résidences du campus, où la direction est choisie de façon collégiale par le siège parisien, celle-ci reste sous l’autorité exclusive du gouvernement argentin, propriétaire des lieux depuis 1928. Aucune marge de manœuvre locale n’existe donc face aux décisions prises depuis Buenos Aires. La direction de la Cité internationale universitaire a confié aux journalistes du Monde ne disposer d’aucun pouvoir d’agir sur la situation.

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Depuis septembre 2024, ce poste est occupé par Santiago Muzio, avocat franco-argentin proche du président Javier Milei. Sous sa direction, une plaque commémorative dédiée aux victimes de la dictature militaire (1976-1983) a été retirée du bâtiment, quelques semaines avant la commémoration des cinquante ans du coup d’État du 24 mars 1976. D’anciens résidents rapportent des pressions liées au renouvellement de leur hébergement, ainsi que le refus d’autoriser une cérémonie du souvenir dans l’enceinte de la maison.

Des locaux prêtés à des réseaux d’extrême droite

Le salon d’honneur de la résidence aurait été mis à disposition de l’antenne espagnole d’un institut fondé par Marion Maréchal, selon des informations relayées par plusieurs médias depuis mars. L’Assemblage des citoyens argentins en France (ACAF) dénonce des réunions politiques à l’intérieur de la maison, en contradiction avec le règlement général de la CIUP, qui impose l’adhésion aux principes de tolérance et de non-discrimination.

La sénatrice Sophie Briante Guillemont a interpellé le gouvernement sur ce dossier dès le 19 mars, évoquant des décisions et activités suscitant de vives préoccupations. Sa question écrite mentionnait déjà l’organisation d’événements impliquant des réseaux politiques situés à l’extrême droite de l’échiquier européen.

Une résidence historiquement politisée

La Maison de l’Argentine n’en est pas à sa première crise. En mai 1968, elle avait été occupée pendant plusieurs semaines par un collectif d’artistes argentins exilés à Paris, dont les peintres Julio Le Parc et Hugo Demarco, dans le sillage des mobilisations étudiantes françaises. Financée à l’origine par l’industriel argentin Otto Bemberg et inaugurée par le président Gaston Doumergue, elle avait été conçue comme un lieu de rapprochement académique entre la France et l’Argentine.

Le courrier de la Ville de Paris, dont l’existence a été révélée par News Tank, ne précise pas de calendrier pour une éventuelle réponse du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Contacté par plusieurs médias, Muzio n’a pas répondu aux sollicitations concernant le retrait de la plaque commémorative.

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