Aucune donnée officielle ne confirme la présence massive de migrants algériens parmi les dizaines de milliers de personnes entrées à Ceuta fin juillet. Le ministère espagnol de l’Intérieur évalue à environ 50 000 le nombre d’arrivées, un chiffre porté à 60 000 par le président de la ville autonome, Juan Vivas — et selon le ministre Fernando Grande-Marlaska, ces migrants étaient « en très grande majorité des Marocains« .
Un chiffre de 60% sans source identifiée
L’affirmation d’une majorité algérienne provient d’une intervention télévisée sur CNews, où un ancien cadre de la police française aux frontières a avancé que 60% des arrivants seraient de nationalité algérienne — soit environ 36 000 personnes sur la base du chiffre le plus haut. Aucune institution, ni espagnole ni européenne, n’a publié de donnée appuyant ce pourcentage. L’écrivain Tahar Ben Jelloun a lui aussi relayé ce chiffre sur les réseaux sociaux, en le formulant au conditionnel : « On me dit que 60% parmi eux sont Algériens.«
L’obstacle géographique reste, pour l’instant, sans réponse de la part des relais de ce chiffre : la frontière terrestre entre l’Algérie et le Maroc est fermée depuis 1994, et le point de passage algérien le plus proche se situe à plus de 420 kilomètres de Ceuta. Les traversées observées lors de la crise ont eu lieu à la nage ou par petites embarcations, depuis les localités marocaines voisines d’El Tarajal et de Benzú, selon les constats relayés sur place.
Un rapport de sécurité espagnol relance la controverse
Une deuxième source de tension a émergé début août : un rapport de 70 pages, présenté comme une analyse de sécurité fondée sur des méthodes OSINT, évoque un « acteur algérien » impliqué dans la mobilisation numérique ayant précédé les traversées des 30 et 31 juillet. Le document, largement repris par la presse marocaine, s’appuie notamment sur la détection de numéros de téléphone à l’indicatif +213. Une analyse publiée sur la plateforme Substack souligne toutefois que ce type d’indice ne permet d’établir ni la nationalité réelle de l’utilisateur, ni sa localisation, les cartes SIM circulant fréquemment entre pays au sein de la diaspora nord-africaine, forte de plus d’un million et demi de personnes d’origine algérienne rien qu’en France.
Un bilan humain toujours provisoire
Le nombre de morts liés à cette crise migratoire reste lui aussi disputé selon les sources. Les autorités espagnoles évoquaient 72 décès vendredi après-midi, contre 88 selon le gouvernement local de Ceuta. Le Maroc, de son côté, a fait état d’un bilan officiel de 11 morts, tandis que l’Association marocaine des droits humains avance un chiffre proche de 130 victimes, disparus compris.
À titre de comparaison, la précédente crise migratoire majeure à Ceuta, survenue en mai 2021 après l’hospitalisation en Espagne du dirigeant du Front Polisario Brahim Ghali, avait vu environ 10 000 personnes franchir la frontière en quelques heures — soit près de six fois moins que le pic enregistré fin juillet 2026. La quasi-totalité des migrants entrés cette année a depuis été reconduite vers le territoire marocain, sous escorte de l’armée espagnole.
