Ceuta : un "chantage" du Maroc à l'Espagne après la visite de Sanchez à Alger, selon la presse espagnole

Plus de 60 000 personnes ont franchi la frontière séparant le Maroc de Ceuta en l’espace de quelques jours fin juillet, selon les autorités espagnoles. Cette arrivée massive intervient dix jours après la visite du chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez à Alger, et une semaine après l’adoption en commission d’un texte facilitant l’accès des Sahraouis à la nationalité espagnole.

Deux événements politiques rapprochés dans le temps

Sánchez s’est rendu le 20 juillet chez le président algérien Abdelmadjid Tebboune, un déplacement qui n’avait plus eu lieu depuis 2020. La rencontre a notamment porté sur des accords gaziers, dans un contexte de relations bilatérales fragilisées depuis 2022, année où Madrid avait soutenu le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental.

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Trois jours plus tard, le 23 juillet, la Commission de justice du Congrès des députés espagnol a approuvé une proposition de loi ouvrant l’accès à la nationalité espagnole aux Sahraouis nés dans l’ancienne province espagnole du Sahara avant le 29 septembre 1977. Entre 70 000 et 80 000 personnes, ainsi que leurs enfants, seraient concernées selon les chiffres avancés par plusieurs médias espagnols. Le texte doit encore passer en séance plénière en septembre, puis au Sénat.

Ce qu’en dit la presse espagnole

Plusieurs titres établissent un lien entre ces deux événements et l’afflux migratoire à Ceuta. Le quotidien El Debate parle de « chantage » marocain visant Sánchez, rapprochant l’épisode de la crise de 2021. El Español cite une source spécialisée dans les questions de surveillance, pour qui le point de friction serait « la photo prise avec l’Algérien Tebboune ».

D’autres publications restent plus mesurées. Elles évoquent plusieurs facteurs concurrents : une décision judiciaire espagnole ayant mis fin aux renvois immédiats des personnes arrivées à la nage, des conditions météorologiques favorables à la traversée, ou encore l’activité de réseaux de passeurs relayant des consignes sur les réseaux sociaux.

Position officielle des deux gouvernements

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a rejeté tout lien entre la crise migratoire et le déplacement à Alger, affirmant que les relations entre Madrid et Rabat restent « excellentes« . Sánchez a de son côté attribué la vague d’arrivées à des filières de passeurs ayant exploité un vide juridique récent, plutôt qu’à une décision politique marocaine. Le gouvernement marocain n’a formulé aucune réaction publique aux accusations de pression migratoire relayées par une partie de la presse espagnole.

Un précédent comparable s’était produit en mai 2021 : environ 9 000 personnes avaient alors franchi la frontière de Ceuta après l’accueil en Espagne du chef du Front Polisario, hospitalisé sous une fausse identité. La crise diplomatique qui avait suivi entre Rabat et Madrid ne s’était résorbée qu’en 2022, avec le changement de position espagnole sur le Sahara occidental.

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