Philippe Bouvard a passé une partie de son enfance à fuir, changeant de ville à répétition pour échapper aux arrestations pendant l’Occupation. Le journaliste et animateur, mort ce lundi 24 août à l’âge de 96 ans à son domicile de Cannes, n’avait longtemps évoqué cette période qu’à mots comptés, avant de s’en ouvrir davantage sur le tard.
Une famille frappée par les persécutions
Bouvard voit le jour le 6 décembre 1929 à Coulommiers, dans une famille déjà fragilisée : son père biologique disparaît dès sa naissance. Sa mère, opticienne originaire d’Alsace et de confession juive, épouse ensuite Jules Luzzato, tailleur pour hommes, qui l’élèvera comme son propre fils.
Résistant, Luzzato est arrêté par la Gestapo au printemps 1942 pour avoir aidé des soldats allemands à déserter en leur procurant de quoi se vêtir en civil. Emprisonné à la Santé, il retrouve la liberté une quinzaine de jours plus tard grâce à l’entremise d’un proche influent, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Si Kaddour Benghabrit — dont le jeune Philippe gardera un souvenir marquant, lors des visites que sa mère et lui rendaient régulièrement au religieux. Le reste de la famille adoptive n’aura pas cette chance : ses grands-parents sont arrêtés, déportés, puis tués à Auschwitz.
Interrogé des décennies plus tard par le magazine VSD, l’animateur confiera : « J’ai souffert de l’Occupation, j’ai vu mes grands-parents déportés à Auschwitz. » Sur les 320 000 personnes de confession juive vivant alors en France, environ 76 000 seront déportées durant la Shoah, dont plus de 11 000 enfants, selon les recherches de l’historien Serge Klarsfeld — soit un taux de survie parmi les plus élevés d’Europe occupée, autour de 75%.
Du journal de lycée au Figaro
Sa vocation naît de façon presque fortuite, à 8 ans, en apercevant l’écrivain Jean Cocteau descendre d’une limousine sur le front de mer cannois. Après trois échecs successifs au baccalauréat, il lance tout de même un premier journal au lycée dès 1944. Sans débouché professionnel une fois la vingtaine passée, il s’apprête à s’engager pour l’Indochine quand une piste inattendue s’ouvre : grâce à une relation familiale, il obtient un essai comme coursier au service photo du Figaro.
Il ne quittera plus la presse. Nommé responsable des pages parisiennes du quotidien en 1962, il occupe ce poste jusqu’en 1973, période durant laquelle il commence en parallèle à collaborer avec Radio Luxembourg, ancêtre de RTL.
Un attachement resté intact pour Cannes
La ville de son enfance n’a jamais cessé de l’attirer. Bouvard y avait accumulé les biens immobiliers au fil des années et assumait encore récemment la présidence d’honneur du comité « Cannes Passionnément ». Réagissant à sa disparition, le maire David Lisnard a salué en lui « l’une de ses plus grandes voix, exigeante, espiègle et talentueuse », disant perdre à la fois une figure publique et un ami proche.
C’est dans cette ville qui l’avait vu grandir, et où il confiait au Figaro en 2009 se sentir devenir « un autre homme » dès qu’il y posait le pied, que Bouvard s’est éteint — six décennies après avoir fui, enfant, les persécutions qui avaient décimé sa famille.
