Sécheresse en Serbie : des épaves nazies remontent du Danube, encore chargées d'explosifs

Des coques métalliques rongées par la rouille émergent depuis plusieurs semaines du lit du Danube, à hauteur du port de Prahovo, en Serbie. La baisse du niveau du fleuve, liée à la sécheresse qui frappe l’Europe centrale et orientale, a mis au jour des dizaines de navires de guerre allemands engloutis depuis la Seconde Guerre mondiale.

Un sabordage massif ordonné en 1944

L’origine de ces épaves remonte à l’automne 1944. Face à l’avancée de l’Armée rouge le long du fleuve, le commandement allemand a donné l’ordre de saborder sa flotte plutôt que de la laisser tomber aux mains des troupes soviétiques. Des cargos, remorqueurs et péniches ont ainsi été volontairement envoyés par le fond sur un tronçon stratégique, dans l’intention de gêner la progression ennemie vers l’amont du fleuve.

Plus de huit décennies après ces faits, l’obstacle formé par cet ancien barrage naval continue de perturber le trafic commercial actuel. Une partie des coques renfermerait toujours des munitions, ce qui rend leur retrait particulièrement délicat.

Un chantier européen évalué à plusieurs millions d’euros

Un programme de retrait des vestiges les plus problématiques a été engagé avec le soutien de l’Union européenne, dans le cadre du Cadre d’investissement pour les Balkans occidentaux. Sur environ 200 embarcations recensées au fond du fleuve avant le lancement des travaux, une vingtaine ont été jugées prioritaires en raison de leur emplacement dans un passage étroit de cinq kilomètres.

Selon la Banque européenne d’investissement, partenaire du projet, plusieurs de ces navires ont déjà été extraits en 2024 à l’aide de câbles, puis débarrassés de la vase accumulée. L’opération mobilise des plongeurs ainsi que des systèmes de pompage destinés à évacuer sable et sédiments. Certaines épaves, jugées trop volumineuses ou trop instables pour être remontées sans risque, ont plutôt été enfouies plus profondément.

L’institution a accordé en juillet 2024 une subvention de 16 millions d’euros au projet. Ce blocage du fleuve représente par ailleurs un manque à gagner annuel estimé à cinq millions d’euros pour la Serbie, en raison des retards imposés au transport fluvial de marchandises.

Une problématique qui dépasse la seule Serbie

Ce phénomène s’ajoute à une série de découvertes liées à l’assèchement du Danube observé cet été dans plusieurs pays traversés par le fleuve. En Hongrie, le niveau relevé à Budapest est descendu à 23 centimètres, un plancher inédit depuis le précédent record de 33 centimètres enregistré en 2018. Le Premier ministre hongrois Peter Magyar a évoqué un possible arrêt temporaire de la centrale nucléaire de Paks, faute d’un débit suffisant pour assurer son refroidissement — un site qui fournit près de la moitié de l’électricité consommée dans le pays.

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