Taro : ce tubercule à l'index glycémique bas, compatible avec une alimentation adaptée au diabète

Cultivé depuis près de 9 000 ans, le taro reste un des tubercules les plus anciens jamais domestiqués par l’homme, et pourtant un des plus méconnus en Occident. Cette plante de la famille des Aracées, scientifiquement nommée Colocasia esculenta, est aujourd’hui un aliment de base dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, dont la Côte d’Ivoire, le Burkina FasoMadagascar et la République Centrafricaine, où elle est désignée sous des noms locaux comme Kudubbadédiabéré ou makani.

Une origine double, entre Asie et Afrique

Le taro aurait été domestiqué indépendamment dans deux foyers distincts : le nord de l’Inde et la Nouvelle-Guinée. Sa diffusion s’est ensuite faite en deux temps : vers l’est, jusqu’aux îles du Pacifique, puis vers l’ouest, jusqu’en Égypte et en Afrique de l’Est, d’où des commerçants arabes l’auraient introduit en Afrique de l’Ouest il y a plus de 2 000 ans. La plante a également gagné Madagascar dès le premier siècle de notre ère.

Cette plante se distingue par ses larges feuilles vert clair, lisses et brillantes, pouvant atteindre 50 à 60 centimètres de long, et par son tubercule à peau fine et brune, récolté 8 à 9 mois après plantation.

Un index glycémique bas, mais variable selon la cuisson

Sur le terrain nutritionnel, le taro attire l’attention des chercheurs. Selon les bases de données spécialisées, son index glycémique se situerait autour de 50, ce qui le classe parmi les aliments à IG bas, avec une charge glycémique modérée d’environ 13 pour 100 grammes. D’autres analyses, portant sur le tubercule cru, avancent une valeur plus élevée, proche de 58, susceptible d’augmenter encore après cuisson. Cette variabilité tient à la structure de l’amidon et au mode de préparation du tubercule.

Une revue publiée en 2025 dans Frontiers in Nutrition évoque des propriétés hypoglycémiantes et hypocholestérolémiantes associées à l’amidon résistant et aux composés antioxydants du taro. Cet amidon résistant échapperait en grande partie à la digestion dans l’intestin grêle, limitant son impact sur la glycémie après les repas. Ce mécanisme, bien documenté pour les fibres alimentaires en général, reste toutefois à confirmer spécifiquement pour le taro par des essais cliniques menés chez des patients diabétiques : à ce stade, le tubercule s’apparente à un aliment dont le profil glucidique s’intègre bien dans une alimentation adaptée au diabète plutôt qu’à un remède aux effets thérapeutiques démontrés.

Selon la table de composition Ciqual, publiée par l’Anses, le taro tubercule cuit apporte environ 107 calories pour 100 grammes, pour une teneur en matières grasses minime. Sa richesse en fibres et en amidon à digestion lente en fait un aliment associé à une sensation de satiété prolongée.

Une richesse en vitamines et minéraux

Le taro se distingue aussi par son apport en vitamines C, B1 et B2, ainsi qu’en phosphore, calcium et fer, des nutriments qui en font traditionnellement un aliment associé à la prévention de l’anémie. Sa teneur en protéines, autour de 11 % en poids sec, reste modeste mais participe, combinée aux fibres, à limiter les fringales entre les repas. L’amidon du tubercule est digestible à plus de 98 %. Cette combinaison de fibres et d’amidon résistant favorise un bon transit intestinal.

Des composés à surveiller, neutralisés par la cuisson

Comme d’autres tubercules tropicaux, le taro contient naturellement des facteurs antinutritionnels — tanins, saponines, oxalates et traces d’acide cyanhydrique — susceptibles d’irriter les muqueuses à l’état cru. Ces composés se décomposent lors de la cuisson, rendant le tubercule sans danger une fois préparé.

Consommé sous forme de fufu pilé en Afrique de l’Ouest, à la vapeur en Asie ou grillé dans l’huile de palme, le taro reste, malgré ses qualités nutritionnelles documentées, un aliment de second rang face à l’igname et au manioc dans les habitudes alimentaires ouest-africaines.

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