Bénin : les professeurs d'histoire formés pour transmettre un récit colonial moins « tronqué »

Des enseignants d’histoire-géographie ont pris part, le 8 septembre, à une session de formation à l’École normale supérieure de Porto-Novo. Elle visait à leur donner des repères plus solides pour enseigner la période coloniale et l’engagement des soldats béninois dans les guerres du XXe siècle.

Plusieurs pays africains cherchent depuis quelques années à corriger des pans de leur histoire longtemps racontés sous un angle colonial. L’Algérie a par exemple adopté fin décembre 2025 une loi qualifiant la colonisation française de crime, tandis que le Sénégal a engagé en juillet 2025 une révision complète de ses programmes scolaires. Le Bénin suit ce même mouvement, avec un chantier propre lancé depuis plusieurs mois : un programme de réécriture historique piloté par l’ancien Premier ministre et professeur François Abiola.

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Une révolte de 1905 restée dans l’ombre

Parmi les épisodes que ce programme veut sortir de l’oubli figure le soulèvement de Sakété, survenu en février 1905 contre l’administration coloniale. Selon François Abiola, cet épisode aurait été volontairement écarté des manuels pendant des décennies. Les équipes du programme travaillent désormais à documenter précisément les circonstances de cette révolte et à l’intégrer dans les contenus pédagogiques destinés aux classes de 3e et de terminale.

Le nombre exact de tirailleurs dahoméens toujours incertain

Le massacre de Thiaroye, survenu en décembre 1944 au Sénégal, concentre une autre partie des recherches. Des tirailleurs originaires de dix-sept territoires africains, dont l’ancien Dahomey, y avaient été tués par l’armée française après avoir réclamé le paiement de leurs soldes. Le nombre précis de victimes originaires du Dahomey reste à ce jour inconnu. Un comité international, auquel participe François Abiola, travaille à établir ce chiffre à partir des archives disponibles. Ce massacre, longtemps qualifié de « mutinerie » dans les documents officiels français, n’a été reconnu comme tel par Paris qu’en 2014, soit soixante-dix ans après les faits.

Un travail engagé depuis plusieurs mois dans le pays

Cette rencontre à Porto-Novo constitue la troisième étape d’une série de conférences-débats organisées en milieu scolaire depuis le début de l’année. Les précédentes séances se sont tenues au lycée Mathieu Bouké de Parakou et au collège d’enseignement général numéro 1 de Kandi. Chaque étape vise à donner aux enseignants des clés méthodologiques pour aborder cette histoire avec leurs élèves, en confrontant les sources disponibles plutôt qu’en reproduisant un récit figé.

Le passé colonial que ce programme cherche à réexaminer débute en 1894, lorsque le royaume du Dahomey tombe sous domination française après la chute du roi Béhanzin. Intégré à l’Afrique-Occidentale française pendant plus de six décennies, le territoire accède à l’indépendance le 1er août 1960. Il ne prendra le nom de Bénin qu’en 1975, quinze ans après la fin de la colonisation.

Pour François Abiola, ce travail de réécriture dépasse le cadre scolaire. L’histoire peut servir à établir la vérité autant qu’à la déformer, a-t-il rappelé devant les enseignants, insistant sur la nécessité de rendre compte des faits sans céder au seul point de vue des anciennes puissances coloniales.

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