Vincent Bolloré a rompu le silence le 5 septembre 2026 sur le réseau social X, après la publication d’informations selon lesquelles il aurait porté des jugements sur plusieurs candidats potentiels à la présidentielle de 2027. L’industriel breton conteste la manière dont ses propos lui sont attribués par la presse et profite de sa prise de parole pour évoquer un manifeste chrétien qu’il souhaite rendre public.
Les jugements sur les principaux candidats
D’après L’Express, Vincent Bolloré aurait qualifié Marine Le Pen d’« analphabète en économie » lors d’échanges tenus en petit comité, la jugeant plus difficile à influencer que Jordan Bardella, actuel président du Rassemblement national. Bruno Retailleau, reçu dans sa propriété vendéenne, n’aurait pas davantage convaincu, l’entourage de l’industriel le décrivant comme insuffisamment préparé pour la fonction présidentielle. Édouard Philippe aurait quant à lui été résumé par la formule « un Macron en moins », selon les mêmes sources citées par l’hebdomadaire.
Le cas d’Éric Zemmour est présenté comme particulier : le président de Reconquête, dont l’ascension médiatique s’est appuyée depuis une quinzaine d’années sur les chaînes du groupe Bolloré, serait désormais jugé « débranché » par celui qui l’a longtemps soutenu. Cette prise de distance interviendrait alors que des cadres du parti évoquaient, dès mai 2026, une montée en puissance de Sarah Knafo, députée européenne et compagne d’Éric Zemmour depuis 2021, perçue comme une option plus intéressante pour 2027.
La réponse de Vincent Bolloré sur X
Face à ces publications et à la parution, le 3 septembre 2026, du livre-enquête La Droite de Dieu signé par des journalistes du Nouvel Obs, Vincent Bolloré a publié un message sur X. Il y affirme découvrir des jugements qui lui sont prêtés sans qu’aucun contact n’ait eu lieu avec les auteurs, dénonçant des méthodes qu’il qualifie de « non professionnelles ». Il se décrit comme « démocrate-chrétien », précisant respecter les résultats électoraux et pardonner les critiques formulées à son endroit.
L’homme d’affaires annonce vouloir publier intégralement le texte de l’Institut de l’Espérance, un manifeste élaboré selon lui par une quinzaine de personnalités chrétiennes. Ce document aborderait le pouvoir d’achat, la sécurité, la liberté et l’accompagnement des personnes vulnérables. Son contenu complet n’a pas encore été rendu public.
Une implication politique documentée depuis plusieurs années
Le livre du Nouvel Obs, fondé sur environ 150 entretiens, décrit deux réunions hebdomadaires que Vincent Bolloré piloterait personnellement avec les directeurs de médias placés sous son contrôle, dont CNews et le JDD. En juin 2024 déjà, selon L’Express, c’est dans les bureaux de l’industriel qu’Éric Ciotti aurait préparé son ralliement controversé au Rassemblement national.
Cette implication s’ajoute à une série d’enquêtes publiées depuis 2024, notamment par Mediapart et Télérama, décrivant une ligne éditoriale favorable aux idées catholiques conservatrices au sein des chaînes du groupe. Devant une commission parlementaire sur l’audiovisuel public, le 24 mars 2026, Vincent Bolloré avait publiquement évoqué sa foi tout en niant intervenir dans les choix éditoriaux de ses médias. Cette proximité assumée avec des milieux catholiques et conservateurs nourrit depuis plusieurs années les interrogations sur son influence idéologique dans le paysage médiatique français, un débat que relancent à la fois le livre-enquête et sa propre prise de parole publique.
Le groupe Bolloré, fondé à l’origine sur une activité de papeterie à Ergué-Gabéric dans les années 1820, s’est progressivement diversifié vers les médias à partir des années 2000, avec l’acquisition de Direct 8 puis, plus récemment, de Canal+, Europe 1 et du JDD.
