Un tribunal fédéral de New York a rendu public, le 15 septembre, un acte d’accusation visant cinq personnes soupçonnées d’avoir organisé, pour le compte des services de renseignement russes, une série de meurtres et de sabotages ciblant des opposants au Kremlin aux États-Unis et en Europe. Les cinq suspects, tous en fuite et présumés résider en Russie, n’ont pas été arrêtés.
Selon le ministère américain de la Justice, le réseau était actif depuis au moins 2024. Il aurait cherché à recruter des citoyens américains et étrangers pour surveiller, puis éliminer, des dissidents russes établis à l’étranger.
Un père et son fils au cœur du dispositif
Deux membres de la famille Khrameev figurent parmi les accusés : Yuri Khrameev, 63 ans, présenté comme un ancien colonel des services de renseignement russes, et son fils Kirill Khrameev, 27 ans, agent présumé du FSB, l’agence héritière du KGB. Selon l’acte d’accusation, ils se seraient rendus à la frontière entre l’Estonie et la Russie en juin 2025 pour recruter un citoyen américain chargé de photographier le domicile d’un opposant à Vilnius, en Lituanie. Après un premier paiement de 200 dollars pour ces clichés, Yuri Khrameev aurait proposé 25 000 dollars pour l’assassinat de la cible.
Trois autres suspects sont également cités : les Cubains Oemis Romagoza Durruthy et Yaidel Delgado Suarez, ainsi que le Vénézuélien Angel Eduardo Castro. Ce dernier aurait, avec l’un des Cubains, recruté cet été un résident de Brooklyn pour photographier des lieux liés à un dissident russe vivant près de Washington. Une somme de 40 000 dollars aurait ensuite été proposée pour éliminer la cible — un projet resté sans suite, l’homme ayant refusé de passer à l’acte.
Des cibles aussi visées en Europe
L’acte d’accusation évoque en outre des projets d’attaques contre des infrastructures critiques — entrepôts et postes électriques — en Lituanie et en République tchèque, dans des pays soutenant l’effort de guerre ukrainien. Le procureur général adjoint chargé de la sécurité nationale, John Eisenberg, a affirmé que les accusés auraient fait partie d’une organisation internationale dédiée à l’élimination physique d’opposants, capable d’opérer jusque sur le sol américain. De son côté, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiqué qu’il n’y avait pas lieu de commenter tant qu’aucune preuve tangible n’aurait été présentée.
Depuis le début des années 2000, plusieurs opérations attribuées aux services russes ont visé des opposants hors du territoire national. En 2006, l’ex-agent du FSB Alexandre Litvinenko meurt à Londres après avoir été empoisonné au polonium 210 ; une enquête britannique conclura en 2016 que l’opération a probablement été validée par le président Vladimir Poutine lui-même. En 2018, l’ancien agent double Sergueï Skripal et sa fille échappent de justesse à la mort à Salisbury, empoisonnés au Novichok, un agent innervant développé par l’armée russe — l’attaque coûtera par ailleurs la vie à une riveraine, Dawn Sturgess, entrée accidentellement en contact avec le produit.
En août 2019, le militant tchétchène Zelimkhan Khangoshvili est abattu en plein jour dans un parc de Berlin ; la justice allemande attribuera formellement ce meurtre à des organes étatiques du gouvernement russe. Une enquête de BuzzFeed News a par ailleurs recensé au moins 14 morts suspectes liées à la Russie sur le seul territoire britannique entre 2006 et 2018. Le dossier fédéral américain doit désormais suivre son cours judiciaire, les cinq accusés demeurant activement recherchés par les autorités.
