Le président du Burkina Faso a haussé le ton contre la Cour Pénale Internationale. Au cours d’un entretien avec la presse le dimanche 27 septembre 2026, Ibrahim Traoré a critiqué l’organe et défendu le retrait du Burkina Faso du Statut de Rome, contestant au passage l’impartialité de la juridiction internationale.
La sortie fait suite à un processus engagé par les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Le 22 septembre 2025, les pays de l’AES ont annoncé leur intention de se retirer du Statut de Rome liant leurs États à la CPI. Les notifications officielles sont intervenues plusieurs mois plus tard, au terme d’un processus engagé neuf mois auparavant : le 18 juin 2026, le Niger a donné le signal en notifiant officiellement au Secrétaire général des Nations unies sa décision de se retirer du traité, avant que le Burkina Faso et le Mali ne suivent six jours plus tard, le 24 juin. Les trois notifications ont finalement été enregistrées le 30 juin par les services de l’ONU. Les autorités avaient justifié leur départ en accusant la CPI d’être un « instrument de répression néocoloniale », dénonçant un « détournement d’objectif » et une « instrumentalisation ».
Une charge frontale contre la CPI
« La CPI, c’est un organe de l’impérialisme », a déclaré le chef de l’État burkinabè, estimant que la Cour applique une justice déséquilibrée, au regard du nombre de responsables africains poursuivis depuis sa création. Pour appuyer sa déclaration, le président a cité la guerre en Irak, l’intervention militaire en Libye ainsi que la crise postélectorale ivoirienne de 2010-2011, en s’interrogeant sur les responsabilités liées aux violences en Côte d’Ivoire après l’acquittement définitif de Laurent Gbagbo par la CPI.
Il reproche aussi à l’institution de La Haye un traitement à deux vitesses entre Africains et Occidentaux : « Depuis que ça existe, combien d’Africains ont été amenés à la CPI ? Et combien d’Occidentaux ont été amenés à la CPI ? », a-t-il demandé. C’est sur cette base qu’Ibrahim Traoré a défendu la décision du Burkina Faso, du Mali et du Niger de quitter le Statut de Rome.
Cette rupture s’ajoute à une série de désengagements des trois pays vis-à-vis d’organisations régionales et internationales jugées trop proches des puissances occidentales. Après leur départ de la CEDEAO, puis celui de l’Organisation internationale de la Francophonie, les trois États poursuivent la redéfinition de leurs relations avec des institutions qu’ils jugent inféodées à la France et, plus largement, aux puissances occidentales.
