Le cinéma français perd l’un de ses derniers grands artisans. Jean-Paul Rappeneau, âgé de 94 ans, s’est éteint le mardi 1er septembre à Paris. La nouvelle a été confirmée le lendemain par l’un de ses fils, contacté par l’Agence France-Presse.
Le cinéaste, né le 8 avril 1932 à Auxerre dans l’Yonne, laisse derrière lui une œuvre resserrée : huit longs-métrages seulement, étalés sur cinq décennies. « Mon rythme, c’est plutôt un film tous les cinq ou six ans« , expliquait-il à Paris Match, comparant sa méthode à une production en série qu’il refusait de suivre.
Des débuts de scénariste auprès de Louis Malle
Rappeneau n’est pas immédiatement passé derrière la caméra. Il fait ses premières armes comme assistant, avant de coécrire deux films avec Louis Malle au début des années 1960. Il collabore ensuite avec Philippe de Broca, sur « L’Homme de Rio », porté par Jean-Paul Belmondo. Cette double casquette de scénariste et de futur réalisateur restera une constante de sa carrière : il cosignera la plupart de ses films, dont plusieurs coécrits avec sa sœur, la cinéaste Élisabeth Rappeneau.
Une filmographie populaire avant « Cyrano »
Son premier long-métrage en solo, « La Vie de château », sort en 1966 avec Catherine Deneuve et lui vaut une reconnaissance critique immédiate. Belmondo retrouve Rappeneau en 1971 pour « Les Mariés de l’an II », tandis qu’Yves Montand devient l’un de ses acteurs récurrents, dans « Le Sauvage » puis dans « Tout feu, tout flamme » aux côtés d’Isabelle Adjani. Ces films populaires installent Rappeneau comme un cinéaste capable de réunir un large public sans renoncer à l’exigence d’écriture.
Le triomphe de « Cyrano de Bergerac »
C’est en 1990 que le réalisateur atteint son sommet avec l’adaptation de la pièce d’Edmond Rostand, portée par Gérard Depardieu dans le rôle-titre. Le film rafle dix César en 1991, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur, et décroche le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère avant plusieurs nominations aux Oscars. Rappeneau enchaîne en 1995 avec « Le Hussard sur le toit », porté par Juliette Binoche et Olivier Martinez, puis clôt sa filmographie vingt ans plus tard avec « Belles Familles » (2015), écrit avec son fils Julien Rappeneau et Philippe Le Guay.
Une figure institutionnelle du cinéma français
Au-delà de ses films, Rappeneau avait occupé la vice-présidence de la Cinémathèque française, succédant à Costa-Gavras. En 2017, il présidait le jury du Festival international du film policier de Beaune. Il laisse deux fils, Julien, devenu à son tour réalisateur, et Martin, compositeur ayant signé la musique de « Belles Familles ». Sa sœur Élisabeth Rappeneau, également cinéaste, est décédée en 2020.



