Rodrigo Duterte a comparu en personne mercredi 16 septembre devant la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, une première depuis son transfert aux Pays-Bas en mars 2025. L’ancien président des Philippines, âgé de 81 ans, est poursuivi pour des crimes contre l’humanité présumés liés à la campagne antidrogue menée sous son pouvoir.
Cette présence intervient dans un contexte difficile pour la juridiction internationale. La CPI fait face à une offensive diplomatique américaine et à une série de retraits ou de critiques venant de plusieurs États africains. Ces tensions n’ont toutefois pas interrompu la procédure visant l’ancien dirigeant philippin.
Une première apparition physique à La Haye
Duterte avait déjà comparu devant la CPI en mars 2025, mais à distance. Depuis son arrivée à La Haye, il avait également évité plusieurs audiences en personne, sa défense invoquant son état de santé. Les juges avaient toutefois conclu en janvier 2026 qu’il était apte à participer aux procédures préparatoires.
Mercredi, il est apparu dans la salle d’audience sans prendre la parole. La réunion porte principalement sur sa capacité à participer à son procès et sur les préparatifs de la procédure. Le procès lui-même doit commencer en novembre, selon les informations rapportées par Reuters.
Le dossier porte sur des meurtres qui auraient été commis entre 2011 et 2019, période couvrant une partie de son mandat de maire de Davao puis sa présidence. Selon les éléments présentés par la CPI, les faits reprochés concernent une politique présumée de violences visant des personnes soupçonnées d’être impliquées dans le trafic ou la consommation de stupéfiants. La Cour a retenu sa compétence pour des crimes présumés commis alors que les Philippines étaient encore partie au Statut de Rome.
Cinq pays ont annoncé leur retrait de la CPI
Cette audience intervient alors que la Cour traverse une période de fortes contestations. Cinq États ont annoncé leur intention de quitter le Statut de Rome au cours de la dernière année : le Venezuela, le Tchad, le Burkina Faso, le Mali et le Niger.
Les motivations avancées diffèrent selon les pays. Les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont dénoncé ce qu’elles considèrent comme une justice sélective et ont accusé la CPI d’être utilisée comme un instrument de pression extérieure. Le Tchad, lui, a explicitement évoqué les échanges avec Washington avant d’annoncer son retrait.
Cette contestation africaine intervient alors que plusieurs gouvernements du continent critiquent depuis longtemps la manière dont la justice pénale internationale traite les situations africaines.
Washington accentue aussi la pression
Les États-Unis ont de leur côté intensifié leur campagne contre la CPI. En juillet, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé une offensive visant à réduire l’influence de la Cour et à encourager ses États membres à s’en retirer. Washington a également imposé des sanctions à plusieurs responsables de la juridiction, dont sa présidente Tomoko Akane et un haut responsable du parquet.
La procédure contre Duterte se poursuit donc dans un environnement international où l’autorité de la CPI est ouvertement contestée par plusieurs gouvernements. Dans son cas, cette contestation ne remet toutefois pas en cause, à ce stade, la compétence revendiquée par la Cour pour les faits présumés commis aux Philippines avant le retrait du pays du Statut de Rome.
