Les livraisons d’armes américaines à plusieurs pays alliés pourraient accuser jusqu’à cinq ans de retard, a révélé Bloomberg le 18 septembre, citant des responsables américains. Quatre jours plus tôt, le Pentagone admettait, dans un rapport de son inspecteur général, une « pénurie sur les inventaires stratégiques » liée à la guerre contre l’Iran, dont les munitions tirées ont coûté 22,3 milliards de dollars entre le 28 février et le 30 juin.
Un discours officiel en décalage avec le rapport du Pentagone
Début septembre, Donald Trump affirmait que les États-Unis disposaient de « quantités pratiquement illimitées de munitions ». Le rapport publié le 14 septembre par l’inspecteur général du Pentagone situe le coût total de l’opération à 33,4 milliards de dollars. Il pointe aussi des blocages dans l’industrie chargée de renouveler les stocks. Le document recense des pertes matérielles entre avril et juin : quatre F-15 détruits, sept avions ravitailleurs KC-135 endommagés ou détruits et jusqu’à 30 drones MQ-9 Reaper détruits. La base navale de Bahreïn a été visée par des drones et des missiles iraniens, ce qui aurait obligé le commandement américain de la région à rediriger son approvisionnement vers Diego Garcia.
Des commandes allemandes et est-européennes concernées
D’après des responsables cités par Bloomberg, plusieurs pays d’Europe pourraient voir leurs missiles et leurs équipements de défense aérienne arriver avec un net décalage. L’Allemagne a sollicité une livraison plus rapide de ses missiles de croisière Tomahawk et de ses lanceurs terrestres mobiles Typhon. Le constructeur Raytheon, une filiale de RTX, serait dans l’incapacité de satisfaire cette demande avant cinq ans, les réserves américaines étant trop faibles, selon ces mêmes sources.
Deux autres responsables indiquent que des pays d’Europe de l’Est qui utilisent des armes américaines font face à des retards de livraison depuis les premières semaines de la guerre, lancée le 28 février par les États-Unis et Israël. Ce cas n’est pas isolé. Bloomberg précise que Washington avait prévenu le Japon en avril que ses Tomahawk lui parviendraient avec un délai pouvant aller jusqu’à deux ans. Le Bureau budgétaire du Congrès calcule pour sa part que les forces américaines ont consommé, depuis juin 2025, jusqu’aux deux tiers de leur stock d’intercepteurs antimissiles.
Les forces américaines auraient tiré plus de 1 500 intercepteurs Patriot au Moyen-Orient, ce qui ramènerait leur stock total sous la barre des 1 700 unités, selon les informations relayées à la suite du reportage de Bloomberg. Les estimations de Bloomberg évaluent à plus de la moitié la part des Patriot les plus avancés consommée, à environ un tiers celle des Tomahawk, et à près de la moitié celle des missiles de frappe de précision et des intercepteurs THAAD.
L’Ukraine attend des intercepteurs avant l’hiver
Le sujet touche directement l’Ukraine. Le Washington Post rapportait en mai que Kiev était presque à court de missiles PAC-3, utilisés par les batteries Patriot. Les armes achetées par les Européens pour l’Ukraine dans le cadre des mécanismes de financement de l’Union européenne et de l’OTAN continueraient d’être acheminées, selon le Kiev Post.
Les dirigeants européens prévoient d’aborder la question avec Donald Trump la semaine prochaine à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, pour obtenir davantage de Patriot destinés à Kiev. Des responsables de l’UE cherchent aussi à négocier une licence qui permettrait à des industriels européens de fabriquer ces missiles. Le président américain a évoqué deux options : fournir à l’Ukraine une version moins avancée du système ou autoriser une production européenne sous licence. Les responsables cités par Bloomberg ne sont pas identifiés, et le calendrier exact des retards n’a pas été confirmé publiquement par les autorités américaines.
