Syndrome du canal carpien : symptômes, causes et traitements de ce trouble qui touche un Français sur dix

Environ 13 à 14 % des Français en âge de travailler ont déjà été confrontés à un syndrome du canal carpien, une pathologie qui touche nettement plus les femmes que les hommes. Provoquée par la compression d’un nerf au niveau du poignet, elle figure aujourd’hui parmi les affections d’origine professionnelle les plus fréquemment indemnisées par le régime général, juste après les atteintes de l’épaule.

Qu’est-ce que le syndrome du canal carpien ?

Le canal carpien désigne un espace étroit situé entre les os du poignet et un ligament qui les relie entre eux. C’est à travers ce canal que passe le nerf médian, chargé de transmettre la sensibilité du pouce, de l’index, du majeur et d’une partie de l’annulaire, ainsi que la commande motrice de certains muscles de la main. Lorsque les tissus environnants — tendons, ligaments — gonflent ou s’épaississent, ils exercent une pression sur ce nerf. Cette compression provoque l’ensemble des symptômes du syndrome.

Quels sont les symptômes qui doivent alerter ?

Les premiers signes apparaissent généralement de façon progressive et concernent la sensibilité des doigts. Une main qui semble s’endormir, un pouce et deux ou trois doigts voisins traversés par de petites décharges, une impression diffuse de perte de sensation : ce sont souvent ces sensations, localisées côté pouce de la main, qui alertent en premier.

Ces symptômes surviennent typiquement la nuit ou lors du maintien prolongé d’une même position, et s’atténuent lorsque la main est secouée. Sans prise en charge, l’atteinte évolue vers des douleurs pouvant irradier dans l’avant-bras, une perte de force au niveau du pouce et une atrophie des muscles de la paume, rendant la préhension d’objets — un trousseau de clés, un volant — plus difficile.

Quelles sont les causes et les facteurs de risque ?

L’origine du syndrome du canal carpien est souvent multifactorielle. Certains facteurs personnels y prédisposent : l’âge, le sexe féminin, le diabète, la polyarthrite rhumatoïde ou encore la grossesse, en particulier au troisième trimestre, période où les changements hormonaux et la prise de poids favorisent la compression du nerf.

D’autres facteurs sont liés à l’activité, professionnelle ou non : les gestes répétitifs, l’usage prolongé d’outils vibrants, le travail manuel en force ou une mauvaise posture au clavier. Ce lien explique en grande partie pourquoi la pathologie figure parmi les affections professionnelles les plus reconnues par la Sécurité sociale.

Comment le diagnostic est-il posé ?

Le diagnostic repose d’abord sur un examen clinique. Il est ensuite confirmé, dans la majorité des cas, par un électromyogramme, examen de référence qui mesure la conduction de l’influx électrique le long du nerf médian et permet de localiser précisément la zone comprimée. Une radiographie du poignet et de la main peut compléter ce bilan.

Quels traitements existent ?

En l’absence de signes de gravité, la prise en charge débute par un traitement non chirurgical. La Haute Autorité de santé recommande en première intention le port d’une attelle amovible la nuit, associé si besoin à des infiltrations de corticoïdes réalisées par un spécialiste.

Ces deux options ne se valent toutefois pas nécessairement. Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine en avril 2026 a montré qu’une attelle rigide n’apportait pas de bénéfice supérieur à un simple bandage souple placebo à douze semaines, ce qui remet en question la place de ce traitement prescrit depuis des décennies. Un essai randomisé mené auprès de 934 patients néerlandais a établi qu’une chirurgie proposée d’emblée offrait un taux de rémission durable nettement supérieur aux infiltrations à dix-huit mois.

Lorsque le traitement médical échoue, ou d’emblée en cas d’atteinte sévère du nerf, la chirurgie devient l’option privilégiée. L’intervention consiste à sectionner le ligament qui comprime le nerf médian, afin de le libérer. Réalisée en ambulatoire sous anesthésie locorégionale, elle peut être pratiquée à ciel ouvert, avec une incision d’environ trois centimètres, ou par voie endoscopique, technique mini-invasive laissant une cicatrice réduite à environ quinze millimètres. En France, quelque 125 000 personnes sont opérées chaque année, pour un arrêt de travail moyen de deux à trois semaines.

Un trouble largement sous-déclaré au travail

Malgré son lien fréquent avec l’activité professionnelle, le syndrome du canal carpien reste peu reconnu en tant que maladie professionnelle. Une étude de Santé publique France publiée en septembre 2026 a montré qu’une large majorité des personnes concernées relient spontanément leur trouble à leur métier, alors qu’une infime minorité va au bout d’une démarche officielle de reconnaissance. Plusieurs freins expliquent cet écart : méconnaissance des procédures administratives, crainte de conséquences sur l’emploi, ou tendance à minimiser des symptômes jugés supportables.

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