Un rapport de renseignement publié lundi remet en cause les caractéristiques techniques du missile russe 3M22 Zircon. La Direction du renseignement de défense (DIU) de l’Ukraine affirme que l’arme, présentée depuis des années par Moscou comme hypersonique et impossible à intercepter, serait en réalité un missile balistique classique aux performances inférieures aux annonces officielles.
Une vitesse et une charge inférieures aux annonces russes
Selon les données publiées par la DIU, la vitesse maximale enregistrée du Zircon atteindrait Mach 6,8, loin des Mach 9 revendiqués par les autorités russes depuis les premiers essais. L’agence ukrainienne précise également que cette vitesse ne serait pas maintenue sur l’ensemble de la trajectoire du missile.
La charge embarquée poserait aussi question : 120 kilogrammes, un volume jugé faible par la DIU au regard du coût de fabrication de l’engin. Le missile de croisière Banderol, nettement moins onéreux dans l’arsenal russe, transporterait pour sa part 150 kilogrammes d’explosifs.
Un usage naval détourné vers les côtes
Le nom du Zircon renvoie à sa vocation d’origine : viser des cibles en mer depuis des sous-marins nucléaires ou des frégates du projet 22350. Les revers subis par la flotte russe en mer Noire depuis 2022 auraient toutefois poussé les ingénieurs militaires à revoir la donne, en intégrant l’arme aux batteries côtières Bastion-M. La DIU affirme avoir identifié 70 entreprises et plusieurs responsables impliqués dans la fabrication du missile, ainsi que des pièces d’origine étrangère entrant dans sa production.
Un missile testé depuis 2020
Le premier tir d’essai officiel du Zircon remonte à octobre 2020, un lancement que le président russe Vladimir Poutine avait qualifié à l’époque de « grand événement ». L’arme n’a été utilisée pour la première fois contre des cibles ukrainiennes qu’en février 2024.
Cette publication survient alors que la Russie multiplie les tirs de missiles balistiques, réputés plus difficiles à intercepter que les missiles de croisière ou les drones. Les défenses ukrainiennes seraient devenues efficaces contre ces derniers, ce qui aurait poussé Moscou à réorienter sa stratégie de frappe. Les stocks d’intercepteurs Patriot dont dispose Kiev pour contrer les missiles balistiques seraient par ailleurs en diminution, selon plusieurs sources occidentales.
