Le roman qui s’écoule le plus en France est aussi celui qui déclenche la controverse la plus vive de la rentrée littéraire. Le 23 septembre, l’historien Amzat Boukari-Yabara a publié sur X un message qui replace les accusations visant l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien dans une histoire longue, sans citer le romancier. Pour rappel, ces accusations, qu’il rejette, affirment que C’était ça ou mourir aurait été rédigé avec l’aide d’une intelligence artificielle. Conséquence directe, le livre a depuis été écarté de la sélection du Goncourt, tout en battant des records de vente.
Equiano et les récits d’esclaves en toile de fond
Allant dans le sens de la polémique, l’historien commence par préciser que les prix littéraires n’influencent pas ses goûts de lecture : « Les prix littéraires n’ont aucune influence sur mes goûts littéraires. Cependant j’aimerais rappeler que Olaudah Equiano et les auteurs et autrices d’origine africaine qui écrivaient leur autobiographie au 18e siècle étaient déjà accusés par les esclavagistes de ne pas être les véritables auteurs et autrices -forçant les éditeurs à rajouter « authentique » ou « véridique » dans les titres- car l’idée même d’une littérature produite par des noirs était incompatible avec la thèse de leur infériorité. »
L’historien ne s’arrête pas là. En effet, toujours selon Boukari-Yabara, cette défiance reposait sur un calcul idéologique : admettre une littérature produite par des Noirs revenait à ruiner la thèse de leur infériorité. « C’est ici que se trouve un noeud idéologique du problème. Si l’IA n’a pas de couleur, son usage apporte néanmoins une arme raciale supplémentaire et particulière ici au concept du « nègre littéraire » aujourd’hui blanchi et remplacé par d’autres termes comme « écrivain fantôme » ou « prête plume ». Nous vivons en tout cas une époque dont beaucoup de réponses se trouvent encore dans le 18e siècle. » assène-t-il.
Un auteur qui dément et un livre toujours en tête des ventes
Pour rappel, Thélyson Orélien nie tout recours à l’IA. Et pour ce faire, il situe le début de l’écriture en 2017 et une première version du manuscrit en 2019, avant l’essor des outils génératifs, ce que son éditeur français Grasset a confirmé. L’accusation est partie le 21 septembre du compte anonyme « Balance ton Claude », qui s’appuie sur le logiciel de détection Pangram. Rappelons que la fiabilité de ce genre d’outil fait l’objet de débats, et d’autres vérificateurs ont jugé les extraits cités très probablement humains.
Mais malgré cela, les décisions se sont enchaînées en quelques jours. Les Éditions du Boréal, côté canadien, ont ainsi suspendu la promotion du livre le 24 septembre. Puis vint le coup de grâce: l’Académie Goncourt a retiré le roman de sa sélection le lendemain. Face à la défelertante de critiques, le 28 septembre, Orélien a interrompu sa tournée en France pour rentrer au Canada.
Mais la curiosité du public n’a pas faibli. D’après les chiffres de l’institut GfK, 18 256 exemplaires se sont vendus du 21 au 27 septembre, contre un rythme d’un peu plus de 12 000 par semaine avant la polémique. Le total atteint 64 966 exemplaires depuis la sortie du 19 août, ce qui place C’était ça ou mourir en tête des ventes de romans en France. Un beau pied de nez de l’écrivain à ses détracteurs
