Bénin : Un rapport d’ASF Canada révèle des violences sexuelles contre des femmes journalistes

Dans la matinée de ce jeudi 29 octobre à Azalaï Hôtel Cotonou, le rapport d’Avocats sans frontières Canada (ASF Canada) consacré aux violences basées sur le genre à l’égard des femmes défenseures des droits humains et des femmes journalistes au Bénin et au Sénégal a été officiellement lancé. On peut en effet retenir de ce document de 88 pages que la situation de certaines femmes journalistes exerçant au Bénin n’est pas toujours facile.

55 % de victimes au Bénin

Elles sont victimes d’avances sexuelles, pressions hiérarchiques et représailles professionnelles. Le traitement des données issues des entretiens individuels révèle une exposition des femmes DDH et des femmes journalistes aux VBG  55 % au Bénin. Ces proportions, supérieures à la moitié des personnes interrogées dans chacun des deux États, témoignent de l’ampleur du problème

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Le témoignage anonyme d’une professionnelle, rapporté à la page 49 du document, illustre les conséquences d’un refus face à un supérieur. Cette dernière qui a requis l’anonymat a confié que lors d’une mission dans le Nord du Bénin avec son rédacteur en chef, elle a été victime de violence sexuelle. D’abord, le supérieur a pris une chambre commune lors de la mission.

« Je ne peux me plaindre… »

« Dans la nuit, il m’a forcé à coucher avec lui. Suite à mon refus de céder, j’ai passé la nuit à même le sol dans la chambre d’hôtel, sans fermer l’œil de peur qu’il ne me viole. Depuis mon retour de cette mission, plus aucune tâche ne m’est confiée malgré mes compétences, et je ne peux me plaindre à personne puisqu’il est le chef », raconte-t-elle dans ce rapport qui indique que, dans le secteur des médias, les violences sont particulièrement liées aux rapports de pouvoir et aux relations hiérarchiques.

Une autre rapporte également son expérience et indique avoir été violée par le promoteur du média dans lequel elle travaillait. Aussi, avait-elle décidé de créer son propre média.  « J’ai décidé d’être indépendante et de créer mon média, pour éviter les histoires d’être à deux dans une chambre d’hôtel. En fait, lors de ma première expérience professionnelle en 2016, j’étais beaucoup plus jeune, et j’ai été violée par le promoteur de l’organe de presse, dans les locaux même de la rédaction », rapporte le rapport.

« Lorsque je pleurais, il m’a dit que ça a été le cas de toutes les autres filles que je vois, et qu’il ne comprend pas pourquoi je pleurais (…). J’en suis tombée malade, et quelques jours après, il a résilié mon contrat de stage. Cela fait 10 ans que je porte ce secret. Je m’en libère aujourd’hui parce que j’ai entendu mes deux consœurs partager elles aussi leurs expériences. Les profils juniors sont beaucoup plus exposés que ceux séniors », peut-on toujours lire dans le document.

Des représailles qui prolongent le harcèlement

En effet, le rapport note que les violences dans les médias ne se limitent pas aux sollicitations ou aux agressions sexuelles. Le retrait de missions, la mise à l’écart et des prélèvements imposés sur les perdiems sont également cités parmi les représailles rapportées après le refus d’avances.

Les participantes aux échanges organisés dans le cadre de l’étude évoquent aussi la banalisation de certains comportements : attouchements, propos discriminatoires ou appellations déplacées. Lorsque ces actes sont considérés comme habituels, leur gravité peut être minimisée et les victimes davantage dissuadées de les signaler.

La hiérarchie peut alors devenir un obstacle à la dénonciation. Le rapport mentionne notamment la peur de représailles, l’isolement professionnel et la précarité de certaines situations d’emploi. Refuser une avance ou dénoncer un supérieur peut, selon les témoignages recueillis, compromettre l’accès à des missions ou à d’autres possibilités de travail.

Des mécanismes de protection à renforcer

Face à ces situations, le rapport préconise des dispositifs de signalement sûrs, indépendants et confidentiels. Il recommande également un meilleur accès à l’accompagnement juridique et psychosocial, ainsi que des mesures de prévention au sein des médias. Les rédactions sont ainsi directement concernées : les règles internes doivent permettre aux journalistes de signaler des faits de harcèlement sans craindre de perdre leur emploi, leurs missions ou leur place dans l’équipe.

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