Washington veut que les Européens assument seuls leur défense, mais il leur demande aussi de moins parler de la menace russe. Selon une information de Reuters publiée le 30 octobre 2026 et fondée sur quatre sources anonymes, le Pentagone a demandé ces dernières semaines à plusieurs pays de l’OTAN de modérer leurs propos publics sur la Russie. Un responsable européen a résumé le message américain ainsi : « Nous vous aidons. Les Américains sont là. Ne soyez simplement pas bruyants. Ne faites pas de bruit ». Elbridge Colby, chargé de la politique de défense au Pentagone, aurait de son côté jugé qu’il ne fallait pas « provoquer » les Russes.
En effet, Colby aurait cité à un responsable balte, comme exemple de discours contre-productif, les Européens qui présentent la Russie comme « acculée comme un rat ». Il faut préciser que les États baltes figureraient parmi les pays approchés, et une délégation estonienne a été invitée à rester « mesurée ». De son côté, le Pentagone n’a pas démenti, mais a répondu : « Les conversations privées entre alliés restent privées, nous ne commenterons donc pas ces allégations ».
Une suspension de sanctions décidée deux semaines plus tôt
Rappelons que le 16 octobre, Donald Trump a signé un décret suspendant la loi dite Graham Act, adoptée par le Congrès en septembre. Elle prévoyait des droits de douane pouvant atteindre 500 % sur les produits russes et jusqu’à 100 % sur les cinq premiers acheteurs de pétrole et de gaz russes, et devait entrer en vigueur le 18 octobre. Les sanctions déjà existantes restent en place. Le secrétaire d’État Marco Rubio a défendu la mesure en affirmant que « ces sanctions ne visaient pas seulement la Russie », puisqu’elles « comprennent des droits de douane sur plusieurs pays, l’Inde par exemple », avant d’ajouter que le président voulait « analyser ce que l’imposition des sanctions et des droits de douane signifierait pour l’économie mondiale et même pour l’économie américaine » pendant une pause de 60 jours. Trump a pour sa part écrit sur Truth Social vouloir éviter ce qui risquerait de « repousser, de manière insensée, la Russie loin de la table des négociations ».
Rubio a résumé la logique américaine en disant que « ce diesel sera vendu d’une manière ou d’une autre ». En effet, depuis mars, le Trésor américain a délivré des licences temporaires pour l’achat de pétrole russe bloqué en mer, à cause des perturbations du détroit d’Ormuz liées à la guerre en Iran, et il a prolongé jusqu’au 24 avril 2027 l’autorisation d’exploiter les stations-service Lukoil hors de Russie, avec interdiction de transférer des fonds vers le pays.
