Robert Kabera avait déclaré en 2020 : « Je suis en Ouganda pour chercher refuge auprès de ceux qui en veulent à ma vie. » Six ans plus tard, cet ancien sergent-major de l’armée du Rwanda, âgé de 50 ans, a été retrouvé décapité le samedi 17 octobre 2026 à Kamengo, dans le district de Mpigi, près de Kampala. La police ougandaise a confirmé le meurtre lundi 19 octobre. De son côté, le Congrès national rwandais (RNC), mouvement d’opposition en exil, a rappelé que « le sergent-major Robert Kabera a fui le Rwanda parce qu’il craignait pour sa vie ».
Selon la presse ougandaise, des voisins ont découvert le corps au petit matin et ont aussitôt alerté les forces de sécurité. Pour les enquêteurs, les faits se seraient produits dans la nuit du 16 au 17 octobre. Cependant, le porte-parole de la police, Kituuma Rusoke, a précisé que la tête n’avait pas encore été retrouvée lundi. La dépouille a été transférée à la morgue de Mulago. Précisons que les autorités n’ont désigné aucun auteur et n’ont avancé aucun mobile.
Un exilé devenu une voix critique en ligne
Instructeur et membre de la fanfare militaire, Robert Kabera avait quitté le Rwanda en novembre 2020. Dans la foulée, l’armée rwandaise avait ouvert une enquête à son encontre pour une accusation d’agression sexuelle sur une mineure de sa famille. Mais, il avait rejeté ces faits, en soulignant qu’il se trouvait déjà en Ouganda à la date citée, et dénoncé une manœuvre de propagande contre les opposants.
Il expliquait aussi se sentir menacé : « Certains officiers du renseignement que j’ai formés m’ont fait comprendre que j’étais visé. » Il disait être soupçonné de connaître des secrets sur la mort du chanteur gospel Kizito Mihigo, décédé en garde à vue en 2020. Il avait dû laisser ses enfants au Rwanda et confiait : « Je ne peux même pas appeler pour savoir comment ils vont, car cela les exposerait. »
Arrêté une première fois par les forces de sécurité ougandaises en mai 2022, il avait ensuite bâti une audience sur YouTube. Sa chaîne dépasse les 144 000 abonnés et compte plus de 800 vidéos, dont beaucoup visent le président Paul Kagame. Sa veuve a dit craindre pour la sécurité de ses proches.
