Les chefs du renseignement allemand ont rarement parlé aussi frontalement de Moscou. Durant une audition publique tenue ce lundi 5 octobre à Berlin, le président du Service fédéral de renseignement (BND), Martin Jäger, a averti les députés du Bundestag : « le pays risquait d’être entraîné dans un affrontement armé avec la Russie ». De son côté, le patron du renseignement intérieur, Sinan Selen, a décrit des opérations de sabotage et des projets d’homicide attribués à la Russie. Il faut dire que l’exercice reste exceptionnel : selon Tagesspiegel, les responsables des services ne s’expriment ainsi en public qu’une fois par an.
Devant cette commission, Martin Jäger a employé des mots d’une rare fermeté. « L’Allemagne est en danger d’être entraînée dans un conflit violent avec la Russie », a-t-il déclaré. Il a ajouté que « la confrontation dans laquelle nous nous trouvons avec la Russie a pris une qualité nouvelle et plus dangereuse ». Le chef du BND a estimé que l’aggravation de la situation, annoncée par ses services à l’automne 2025, s’était « pleinement » réalisée. Pour lui, « la Russie mène une guerre de l’ombre contre nous », et les services de renseignement constituent « la première ligne de défense ».
Leipzig, sabotages et assassinats : ce que disent les services
Sinan Selen, président de l’Office fédéral de protection de la Constitution (BfV), a détaillé la nature de la menace. Selon lui, la Russie montre sa disposition à recourir au sabotage et aux homicides, en plus de la désinformation et des tentatives d’attentat. Il a toutefois tenu à nuancer le tableau : « Nous avons déjà pu obtenir des succès en matière de défense », a-t-il affirmé.
Les deux responsables ont cité le même exemple : la tentative d’attaque au drone visant l’aéroport de Leipzig/Halle en août, qui ciblait un avion de transport ukrainien. Le gouvernement fédéral a désigné la Russie comme responsable le 1er septembre et a ordonné la fermeture du dernier consulat général russe ainsi que d’un centre culturel à Berlin. Sinan Selen a été sans ambiguïté sur l’origine de l’opération : « Les traces mènent très clairement vers la Russie ». Martin Jäger a présenté l’affaire comme un simple « exemple » et jugé qu’aucun autre pays ne fait peser sur l’Allemagne une menace aussi concrète.
Le chef du BND a pourtant écarté l’hypothèse d’une offensive de grande ampleur. Ses services n’ont, à ce stade, aucun indice d’une attaque massive de la Russie contre des pays de l’OTAN. Il décrit plutôt une stratégie d’intimidation, faite d’actions de faible intensité, et estime que Moscou « parie sur la faiblesse allemande ».
Cette audition intervient alors que le Bundestag doit encore examiner un projet de loi du gouvernement visant à élargir les pouvoirs du BND et du BfV. Le texte permettrait aux deux services d’assumer des missions opérationnelles supplémentaires dans certains cas.

« le pays risquait d’être entraîné dans un affrontement armé avec la Russie »
Visiblement, c’est ce que les boches cherchent quitte à mettre ça sur le dos des Russes ensuite