Dans un entretien accordé à African Initiative le 31 octobre, en marge du troisième sommet Russie–Afrique, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, fixe le cadre des relations entre l’AES et la CEDEAO : une « coexistence harmonieuse et pacifique », qui doit se construire dans le cadre de « deux entités distinctes ».
Ce discours intervient après plusieurs mois de tensions entre les deux blocs. Le rapprochement s’est amorcé en mai 2025, après les consultations de Bamako. Le 17 octobre 2026, l’AES et la CEDEAO ont ouvert à Dakar, leurs premières négociations formelles. Elles ont débouché sur des groupes de travail conjoints chargés de préparer un accord-cadre, dont l’examen approfondi est attendu lors du sommet de la CEDEAO prévu en décembre.
Une circulation des personnes à préserver
Diop affirme que l’AES ne veut pas dresser de frontières. Même en quittant la CEDEAO, sa volonté n’est pas de « créer des murs entre nos populations », mais de permettre aux ressortissants des autres pays membres installés sur place de « maintenir leurs privilèges et leurs bénéfices ». Ces droits, précise-t-il, ne datent pas de la CEDEAO mais de la période allant de l’indépendance, en 1960, à cette date, avant d’être consignés dans le protocole communautaire. Il plaide pour un marché commun et la libre circulation des personnes et des biens, afin que les intérêts des populations ne soient pas menacés, et pour « privilégier la coopération à la confrontation ».
Sur la sécurité, il affirme que des difficultés demeurent. Il faut d’abord « recréer la confiance » là où elle a été perdue entre certains pays, car la lutte contre le terrorisme suppose « la même grille de lecture » de la menace, alors que celle-ci ne distingue ni l’AES ni la CEDEAO. Diop prévient que ce terrorisme, « instrumentalisé pour distraire nos pays », répond à des motivations politiques et géopolitiques, et que la réponse régionale doit intégrer ces paramètres pour travailler « dans le seul intérêt de nos populations ».
