Bénin: Une Cour sous contrôle, l’opposition écartée

Bénin: Une Cour sous contrôle, l’opposition écartée

Comme en 2018, les membres de la Cour Constitutionnelle ont été désignés aux termes d’un processus qui a surpris plus d’un. Conduit en toute discrétion et surtout à l’insu de l’opposition, il a abouti à la désignation de sept sages visiblement bien « dociles ». « Depuis que les politiques ont compris que la Cour constitutionnelle peut aider à gagner le pouvoir d’Etat, ils font tout pour la mettre sous leur coupole ». Cette phrase émane d’un juriste, ancien membre de la Cour constitutionnelle qui a requis l’anonymat. Il conclut que le régime présidentiel béninois est un régime où le juge constitutionnel est très fort et peut, à lui tout seul, basculer le sort d’une élection présidentielle. A la première élection présidentielle qu’il a arbitrée, celui de 1996, il a fait parler de lui. Et depuis, le juge constitutionnel est devenu très prépondérant dans l’ingénierie électorale au Bénin. Dernière illustration de cette volonté de le contrôler : les désignations de sept nouveaux membres de la Cour constitutionnelle. Selon la constitution, ces sept membres sont désignés par le chef de l’Etat et le bureau de l’Assemblée Nationale. Le premier en désigne trois et le second quatre.

Dans les contextes les plus répandus où le bureau de l’Assemblée Nationale est dirigé par la majorité présidentielle, il y a ce risque que la Cour constitutionnelle soit elle-même composée majoritairement de membres proches du pouvoir. L’adverbe « majoritairement » est d’une grande importance dans cette phrase car souvent, elle est composée entièrement de membres proches du pouvoir. Cette nuance vient du fait que la présence de partis de l’opposition à l’Assemblée Nationale amène la représentation nationale à tenir compte de sa configuration dans la composition de son bureau. C’est d’ailleurs ce qui a fait que sur les sept membres du bureau actuel de l’Assemblée Nationale, un provient du parti Les Démocrates, parti de l’opposition, qui a eu 28 députés lors des élections législatives de janvier 2023.

Lire la suite

Risques sécuritaires, guerre en Ukraine : Le FMI appuie le Bénin pour 68 millions de dollars

Risques sécuritaires, guerre en Ukraine : Le FMI appuie le Bénin pour 68 millions de dollars

Bonne nouvelle pour les caisses de l’Etat. Le Fonds Monétaire Internationale (FMI) a accordé un financement de 68 millions de dollars au gouvernement du Bénin dans le cadre de la 2è revue du programme mixte MEDC/FEC. Conclu le 17 mai 2023, cet accord de financement a été annoncé officiellement par Younès Zouhar, représentant résident du FMI au Bénin au cours d’un point de presse animé le vendredi 19 mai à la représentation. Avec un taux de croissance de 6,3 % et la réalisation de tous les critères de performance en 2022, le Bénin se place dans le peloton de tête des pays qui ont su bien négocier la sortie de la pandémie du Covid-19 et qui ont bien résisté aux effets néfastes de la guerre russo-ukrainienne.

Lire la suite

9è législature au Bénin: majorité et minorité à géométries variables

9è législature au Bénin: majorité et minorité à géométries variables

Ça cafouille à l’Assemblée Nationale. Si les députés n’ont pu accorder leurs violons sur les clés de répartition de leurs représentants dans les parlements régionaux et les institutions nationales, c’est bien à cause du litige entretenu de manière sibylline sur les notions de majorité et minorité. Au gré des intérêts et des enjeux du moment, chaque camp politique en donne l’explication et le contenu qui lui profitent. Le parlement n’a pas pu désigner ses représentants pour les parlements régionaux et les institutions nationales en début de semaine. Et pour cause, le rapport de la Commission des lois propose une répartition proportionnelle prenant en compte la majorité et la minorité parlementaire. Cette option est basée sur des décisions de la Cour constitutionnelle rendues en 2009 sur des cas de désignations.

Lire la suite

Bataille entre Hèhomey et Yahouédéhou: nouvelle preuve des limites des réformes

Bataille entre Hèhomey et Yahouédéhou: nouvelle preuve des limites des réformes

La bataille politico-juridique entre l’ancien ministre Hervé Hèhomey et son suppléant Janvier Yahouédéhou pour l’occupation d’un siège à l’Assemblée nationale, vient mettre en relief, une fois de plus et si besoin en était encore, les limites des réformes politiques engagées depuis l’arrivée du président de la République Patrice Talon au pouvoir en 2016. On ne cessera jamais de critiquer et dénoncer les réformes politiques votées nuitamment et en catimini par la 8ème législature monocolore, acquise au régime de la Rupture du président Patrice Talon. A n’en point douter, elles sont discutables.

Lire la suite

Affaire « empoisonnement » et « coup d’Etat » au Bénin: le non lieu, 10 ans déjà…

Affaire « empoisonnement » et « coup d’Etat » au Bénin:  le non lieu, 10 ans déjà…

Ce vendredi 17 mai 2013, coup de tonnerre au Palais de justice de Cotonou. Le juge du cabinet d’instruction du tribunal de première instance de Cotonou Angelo Houssou a rendu une décision inattendue de « non lieu » dans les affaires d’empoisonnement et de coup d’État accusant l’homme d’affaires à l’époque Patrice Talon. Le plaignant était pourtant le chef de l’Etat d’alors. Ce vendredi 17 mai 2013. Cotonou commençait à retrouver son calme habituel des après-midis de fin de semaine avec les premiers fonctionnaires qui vidaient la ville.

Un peu après 15 heures, le juge Angelo Houssou transmet à sa secrétaire les deux ordonnances qu’il venait de prendre avant de s’engouffrer dans un véhicule pour rejoindre quelques amis en banlieue est de Cotonou. Le gros pavé jeté dans la marre du Palais de justice n’avait pas encore éclaboussé le Palais présidentiel juste en face où l’ambiance est toujours normale. La Nouvelle Tribune dirigée par feu Vincent Foly n’en donnera la primeur que vers 18 heures sur son site d’information pris d’assaut quelques minutes par des milliers de lecteurs de par le monde.

Lire la suite

Attaques djihadistes au Bénin : Qui sont nos ennemis ?

Attaques djihadistes au Bénin : Qui sont nos ennemis ?

Terroristes, djihadistes, ou tout simplement, «individus armés non identifiés ». C’est en ces termes que sont désignés les hommes sans foi ni loi qui endeuillent les populations du septentrion depuis plusieurs années. Au fait ! Qui sont-ils ?
Tout a commencé le 1er mai 2019 quand deux touristes français disparaissent alors qu’ils étaient en vacances dans le parc de la Pendajari dans le département de l’Atacora avec leur guide béninois Fiacre Gbédji. Celui-ci sera retrouvé surplace, la tête coupée. Dix jours plus tard, les deux touristes français ainsi que deux autres otages (une Américaine et une Sud-Coréenne) seront libérés lors d’une opération militaire menée par les forces françaises au Burkina au cours de laquelle deux militaires français perdront la vie.

Ce jour-là, le Bénin, jusque-là épargné par la violence djihadiste qui sévit dans les pays du Sahel (Mali, Burkina, Niger, Nigéria et Tchad), entra dans la liste très fermée des pays menacés par le terrorisme. Les signaux qui étaient à l’orange vont virer au rouge dans la nuit du jeudi 02 décembre 2021, quand deux soldats béninois seront tués à Porga, à la frontière avec le Burkina. Dès lors, la région sera classée « zone militaire », interdite aux journalistes. Les attaques vont se multipliées et seront initialement confinées à la frontière entre l’Est du Burkina Faso et le Bénin au Nord, dans les parcs nationaux W et de la Pendjari. Mais, elles vont très vite s’étendre dans les régions de l’Alibori et au Sud de l’Atacora. Les terroristes lancent des attaques contre les forces de sécurité et exigent la fermeture des écoles. Au fil des mois cette zone qui s’étend sur les frontières du Niger, Burkina et le Bénin d’une superficie de 32.250 km2 et dans une moindre mesure une partie du Nigéria, deviendra le sanctuaire des groupes armés d’où partiront de nombreuses attaques contre les forces de sécurité et les populations. Lors d’une cérémonie en hommage à cinq soldats tués en avril 2022, le gouvernement béninois annoncait que le pays avait été l’objet d’une vingtaine d’attaques depuis décembre 2021 avec autant de morts…

Lire la suite