Yayi – Koupaki : une guerre froide préjudiciable au Bénin

Au sommet de l’Etat, le Chef de l’Etat et son Premier ministre vivent et travaillent dans une ambiance de suspicion et de méfiance. Si officiellement les deux se parlent, dans la réalité, c’est une guerre froide, policée mais rude, qui se livrera jusqu’à l’usure.

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La dernière apparition publique de Boni Yayi en compagnie de son Premier ministre ,Pascal Irénée Koupaki, a fini par émousser les ardeurs de certains oiseaux de mauvaise augure qui ont annoncé, ces derniers jours, que rien n’allait plus entre ces deux hommes. Lors d’une séance de travail avec les protagonistes de la crise à la Chambre du commerce et d’industrie du Bénin (Cccib), les deux hommes étaient assis côte à côte. On a pu voir le Premier ministre, l’air évasif et inquiet, avoir des conciliabules avec le Chef de l’Etat, Boni Yayi. Cette image, bien que très artificielle, contraste bien avec tout ce qui a été raconté. On a spéculé à merveille ces derniers jours sur une prétendue implication du Premier ministre dans le «sinistre» projet de coup d’Etat manqué contre le régime Yayi.

Pascal Irénée Koupaki serait, selon une certaine presse, informé du projet et aurait même joué un rôle important, non encore éclairci, dans ce coup. De folles rumeurs avaient même annoncé qu’on serait sur le point de l’arrêter. Mais, jamais l’acte ultime n’a jamais été posé. Le locataire de la primature – située non loin d’une seconde résidence privée du Chef de l’Etat –  vit  ainsi son enfer sur terre dans un gouvernement où il est soupçonné de tout.

Sur ce sujet : Supposée tentative de coup d’Etat : un montage en vue pour impliquer Koupaki

Epié jusque dans sa chambre, il vit dans une ambiance de «flicage» permanent : ses appels, ses visites et ses voyages sont suivis avec attention. Et ceci n’est pas nouveau. Dans le dossier de la cession de l’outil industriel de la Sonapra, Koupaki avait été victime d’une grande conspiration. On l’avait accusé d’avoir mal ficelé le dossier ou de l’avoir conçu pour permettre à celui qu’il veut de gagner. Des séances de dénonciation publique avaient été prévues, avant qu’au dernier moment, les instigateurs ne révisent leur position. Lorsque le scandale Pvi a éclaté, on a tôt fait de distiller un peu partout que c’est lui qui a signé le contrat avec Talon, en absence du Chef de l’Etat. Idem pour l’affaire de tentative d’empoisonnement où il a été soupçonné. Dans tous ces cas, le Premier ministre est resté de marbre, placide et prudent. Des rumeurs s’enflent et passent, mais Koupaki est toujours serein, d’une sérénité qui déroute ses adversaires. Mais jamais, ni au Palais, ni à la primature, on n’a démenti ces rumeurs, selon les habitudes du régime.

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Guerre d’usure

En vérité, Koupaki est seulement victime de son rapprochement avec Talon, l’ennemi public numéro un au Bénin, mais aussi de sa volonté, non affichée mais déjà connue, de briguer la magistrature suprême. Mais on peut se poser la question de savoir pourquoi Yayi ne peut pas le sortir de son gouvernement, si tant est qu’il est d’intelligence avec Talon? Pourquoi Yayi, dont on connaît la propension pour les limogeages spectaculaires, a-t-il  autant de mal à remercier son  Premier ministre? Un rappel de taille, le Premier ministre a été un des chefs hiérarchiques du Chef de l’Etat, alors que ce dernier était encore un simple agent à la Bceao à Dakar. C’est qu’en réalité, le Chef de l’Etat, par nature docile au chef, reste encore sous l’influence de son ancien chef. Il craindrait aussi pour ses relations. Il n’est pas facile pour le Chef de l’Etat de liquider aussi facilement quelqu’un qui est l’ami personnel d’Alassane Ouattara. Et qui dit Ouattara, dit Compaoré. Le Chef de l’Etat  voudrait éviter d’être pris en inimitié par ceux-ci. Koupaki détient aussi trop de secrets de la gouvernance Yayi. Il s’est peut être aussi sali les mains dans certains dossiers. Démissionner pour lui pourrait lui être préjudiciable. Et chacun d’eux est obligé de supporter l’autre peut-être jusqu’à la fin du dernier  quinquennat de Yayi. Selon des sources proches de la Marina, le Président ne se cache même plus pour critiquer violemment Koupaki. Mais jamais il ne prend la peine de lui dire les choses en face, ou de l’accuser «d’intelligence avec Talon». Il est comme les mains liés, mais entretient cette guerre froide dans la presse.  Jusqu’à l’usure et la liquidation totale de son «adversaire», son Premier ministre, qui reste lui, imperturbable et confiant.

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