Trump, la France et l‘Afrique: Où la raison du plus fort baigne dans la “bouse”

Trump, la France et l‘Afrique: Où la raison du plus fort baigne dans la “bouse”

Pourquoi les chefs d’états de certains pays européens et des Etats Unis -Sarkozy, Macron, Obama, Trump- s’arrogent-ils le droit, voire l’indécence, et le manque de délicatesse de tenir des propos insultants et paternalistes, à la limite racistes et infantilisants, vis-à-vis des peuples et pays d’Afrique, sans discrimination?

Afrique : L’explosion démographique, un casse tête pour les gouverneurs de la Bad

Sarkozy consacra son discours du 26 juillet 2007, à l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar (Sénégal), à tenter d’apprendre à son auditoire de professeurs, d’étudiants et d’hommes politiques ce qu’ils savaient déjà par leurs travaux et leur vécu, que l’Europe n’est pas seule responsable des maux de l’Afrique.

Il affirmait: “Elle [l’Europe] n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution.” D’un ton très condescendant, il déclara: “ Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire…. Le problème de l’Afrique, et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’Histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire.“ Ces affirmations occultent la réalité que l’Europe a participé et continue à participer à la situation déplorable de l’Afrique.

De Sarkozy à Macron

Elles relèvent beaucoup plus de préjugés, de mensonges et de myopies que d’analyses des faits et d’efforts honnêtes de comprendre, d’interpréter et de trouver des solutions adéquates. Sarkozy fantasme lorsqu’il affirmer qu’on “s’est entre-tués en Afrique au moins autant qu’en Europe”. La guerre de 1939-1945 sur le sol européen a  occasionné  au moins 60 millions de morts. Quelle guerre en Afrique a fait autant de morts? Et quelle horreur, si on y ajoute les 20 millions de la guerre 1914-18 (seulement 25 années auparavant) et les dizaines de millions de blesses? Franco. Salazar, Hitler, Mussolini, Staline ne sont pas des inventions africaines. Ces contre-vérités ne relèvent pas de l’ignorance, mais simplement de mauvaise foi et d’un fort courant de pensée qui tentent de légitimer le colonialisme. Selon cette logique, les Africains méritent bien d’être maltraités, de périr dans la Mediterranée ou avilis parce qu’ils ont beaucoup d’enfants, se font la guerre, sont corrompus, gaspillent, gouvernent mal,etc…

Dix ans plus tard, le 8 juillet  2017, Emmanuel Macron, reprend des propos semblables lors du sommet du G20 de Hambourg, dans sa réponse à un journaliste ivoirien qui voulait savoir s’il fallait aider davantage l’Afrique. Il répondit: “Le défi de l’Afrique, il est totalement différent. Il est beaucoup plus profond, il est civilisationnel aujourd’hui. Quels sont les problèmes en Afrique ? Les Etats faillis, les transitions démocratiques complexes, la transition démographique qui est, je l’ai rappelé ce matin, l’un des défis essentiels de l’Afrique. Quand des pays ont encore aujourd’hui 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. » Un autre ramassis de préjugés vieux de plus de 60ans avec Malthus et bien enraciné dans le racisme primaire et scientifique du 19ème siècle. La démocratie (au moins la forme qui conditionne la prétendue aide) n’est pas une condition nécessaire pour la croissance économique. La Chine nous en donne l’exemple et les Etats-Unis ont privé les noirs, les femmes et les habitants originaux de cette terre des droits civiques pendant plus de 150 ans.

Dans son discours du 28 novembre 2017 à l’université Ouaga 1 au Burkina Faso, Mr. Macron fut plus nuancé mais la condescendance n’était pas absente de son discours, de ses remarques et de son comportement. Tout comme avec Obama, donner des leçons de gouvernance aux Africains est de règle et de tradition. Pendant ce temps, comme le démontrent les contributions rassemblées dans le livre “Francafrique, la famille recomposée: Diplomatie, armée, entreprises”, publié par les Editions Syllepse en 2014 sous la direction de Fabrice Tarrit et Thomas Noirot, la politique extérieure de la France ainsi que ses compagnies et son armée sont redevenues très actives sur le continent, au nom de certaines luttes contre le terrorisme et la corruption, le trafic des drogues, pour la promotion d’institutions, de leadership et de démocratie.

Les “amis de l’Afrique” donnent des conseils et les accompagnent par l’aide et des mécanismes de coopération., En même temps ils établissent des bases militaires, signent des contrats “de merde” basés sur la grande corruption avec des leaders ou dictateurs qu’ils installent, protègent et gardent au pouvoir, souvent pendant des décennies, et dont ils s’assurent meme que les enfants prennent la relève, contre la volonté manifeste des peuples. Beaucoup d’hypocrisie!

Pays de merde

Le 11 Janvier 2018, le président des Etats Unis, le président Donald Trump enlève ses gants et livre au monde l’état de pensée et les manières de voir des Etats Unis qui l’ont élu, celle des suprématistes blancs et des champions du retour du pays aux blancs qui ont envahi le territoire par dizaines de millions et sont, à dessein, devenus la majorité.  Il ne s’agit évidemment pas des Etats Unis, surtout pas de celle des droits civiques, des pacifistes contre les aventures guerrières, des nombreuses organisations qui luttent contre les inégalités sociales, la bigoterie, le racisme, les différentes formes d’exclusion, et pour la justice sociale.

Ses déclarations sont très insultantes et racistes vis-à-vis des pays Africains, de Salvador et de Haiti. Il s’est exclamé: “Qui a besoin d’immigrés de ces pays de merde? Pourquoi est-ce que toutes ces personnes provenant de pays de merde viennent ici”?

Je suis certainement écœuré que l’Afrique et des pays d’Amérique latine soient au centre de  ces déclarations, mais cela ne m’étonne guère. Le personage Trump colle à sa réputation de “basket mouth,” [“gueule panier”] comme cela se dit chez nos voisins Nigérians et qui signifie une bouche qui laisse échapper tout ce qui lui parvient sans frein, retenue ou filtre. Le président Trump, insécure, se représente lui-même, dans son irrationalité, dans son ignorance remarquable, son manque de cohérence et ses sautes d’humeur. Il ne changera pas, mais il est l’exemple d’un trait de caractère qui a fait et qui séduit toujours les peuples des Etats Unis d’Amérique: riche, arrogant, vaniteux, peu honteux de sa propre ignorance et capable de grosses bourdes.

J’éprouve le devoir de réagir pour plusieurs raisons évidentes à mon sens

Premièrement, je viens d’un pays africain, ce qui signifie pour le monde, un pays pauvre. La pauvreté de l’Afrique a des des explications dont ne sont pas absents l’expansion de l’Europe, le pillage de ses richesses minières, l’utilisation du travail forcé et autres, avec la complicité d’une certaine élite africaine, les interventions et coups d’état orchestrés par les anciens colons,pour détruire les mouvements indépendantistes de lutte contre les dictatures et régimes autoritaires et pour la justice sociale, comme en Afrique du Sud et ailleurs. Mais la totalité d’une telle explication est occultée, et la pauvreté du continent sert à donner bonne conscience aux anciens colons et à leurs héritiers, et à présenter les abus du colonialisme et nos rapports inégaux comme un moindre mal que les années de mauvaise gouvernance qui ont suivi les indépendances.

L’immigration africaine est marginale

Deuxièmement, j’ai émigré, je travaille et vis aux Etas-Unis, ce qui me donne une perspective claire de l’intérieur. Légalement, être immigré aux Etats Unis signifie faire partie des étrangers nés à l’extérieur, mais qui y résident légalement (citoyens naturalisés, résidents ayant la carte verte, étudiants et autres avec des visas temporaires, réfugiés politiques ou autres, et personnes vivant dans le pays sans autorisation légale). Je fais donc partie donc de ceux qui viennent d’un “pays de merde.” Mais les Etats Unis ont aussi de nombreuses “poches de merde” qui font que les Norvégiens n’ont aucune envie d’y immigrer. En 2016, seulement 22669 Norvégiens étaient immigrés aux Etats Unis. Les taux d’illettrisme, de grossesses d’adolescentes, de mortalité infantile et maternelle, de manque de couverture médicale, misères dans les réserves pour les “indiens”, d’homicides et d’addiction aux drogues sont élevés par rapport aux pays de l’OCDE. Tout le contraire de la Norvège, dont une partie de la population pauvre avait émigré aux Etats Unis au 19eme siècle.  En 1960, 65.3% des immigrés provenaient d’Europe (Pologne, Union Soviétique, Irlande, Italie, Pologne, Hongrie, Allemagne, Canada, Autriche, Royaume-Uni), 5.6% seulement venaient du Mexique et 28.8% venaient du reste du monde. La majorité de ces millions d’Européens arrivés aux USA provenaient de régions très pauvres ou étaient pauvres..

Troisièmement, au regard des statistiques de l’Afrique en matière d’immigration, les commentaires de Trump n’ont pas de sens. Les Africains représentent un nombre réduit de ceux qui émigrent aux Etats Unis et n’en affectent que marginalement la composition, après toutes les autres régions du monde sauf l’Océanie. Voici les statistiques de 2000, 2008 et 2016 par région.

Selon les tendances actuelles, les Asiatiques (toutes nationalités et degrés de richesse confondues, mais surtout les Chinois et les Indiens) augmentent à un taux plus élevé que celui de toutes les autres régions. L’histoire des Africains arrivés dans les Amériques est celle de l’esclavage qui a enrichi les propriétaires terriens et les industriels pendant des siècles, et permis la Révolution Industrielle. Devrait-on rappeler à Trump que les esclaves Africains ont contribué à la richesse des Etats Unis par des siècles de travail forcé et gratuit? Cela fut accompagné et justifié par un racisme dont sont tributaires encore aujourd’hui l’Europe et les Etats Unis où les centres de pouvoir et d’argent refusent de cultiver un relation honnête et critique avec leur histoire.

Aujourd’hui, les Africains originaires de la région sub-saharienne ne représentent que 4% des immigrés aux Etats Unis, et ceux du Moyen-Orient4% aussi. Selon les statistiques du Pew Research Center, le Moyen-Orient comprend des pays Africains: l’Egypte, le Maroc, le Soudan, la Libye, l’Algérie et la Tunisie).  En plus, le revenu moyen des immigrés Nigérians aux Etats Unis est plus élevé que celui des Américains nés aux USA. En plus, les Africains sont parmi les immigrés les mieux éduqués des Etats Unis, comme le montre le tableau 2.

Il est évident que les propos de Donald Trump sont racistes. Il a été élu par au moins la moitié des électeurs, malgré des propos similaires  tenus à propos des Mexicains. Il a défendu les extrémistes nationalistes d’inspiration Ku Klux Klan, et s’attaque aux Noirs d’Afrique et d’Haiti et aux Salvadoriens. Le plus dangereux est que Donald Trump est président des Etas Unis, possède la majorité au Sénat et au Congrès et prend des décisions qui affectent le monde entier. Sortir ces pays de la “merde” n’est ni sa mission, ni son désir et relève encore moins de ses capacités.

Entre temps, l’Afrique devrait prendre note une fois de plus, chercher son chemin, déterminer qui sont les pays qui peuvent la soutenir dans la résolution de ses problèmes, et éviter ceux qui lui font du chantage et dont l’impact sur leur développement est négatif. Cela implique aussi d’ œuvrer pour le bien-être de son peuple, ce qui n’est pas la caractéristique de nos élites au pouvoir. Trump est devenu le symbole tout-puissant de nos temps où l’argent et le pouvoir politique s’allient de manière ouverte et arrogante, insolente, et sans retenue, et manipulent les systèmes politiques pour gagner les élections, pas sur leurs idées, vision, bilan et actions, mais sur leur capacité à anéantir ou éliminer l’opposition.Cela décrit le paysage en Afrique et dans plusieurs parties du monde, et conclutma lecture des remarques de Trump. Le monde est hideux de ses inégalités et pauvretés, mais ceux qui les créent,les entretiennentet les normalisent ne s’en cachent même plus. Ils s’acharnent à en rendre responsables les faibles.

Références

López, G. & Bialik Kristen (May 3, 2017). Key findings about U.S. immigrants.Available at

http://www.pewresearch.org/fact-tank/2017/05/03/key-findings-about-u-s-immigrants/

Migration Policy Institute (2017). Largest U.S. Immigrant Groups over Time, 1960-Present. Available at https://www.migrationpolicy.org/programs/data-hub/charts/largest-immigrant-groups-over-time

Simon Adetona Akindès
Professeur, Department of Politics, Philosophy and Law
Université de Wisconsin-Parkside
Email: akindess@uwp.edu

Commentaires

Commentaires du site 3
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    Merci au Pr. Akindes pour son analyse détaillée et argumentée.
    Trump dans son délire verbal exprime ouvertement les aspirations de l’Amérique des suprématistes blancs et leur idéologie.
    Quand il disent “faire retrouver a l’Amérique sa grandeur” ( make America great again), ils entendent rendre l’Amérique blanche a nouveau !
    Quand ils disent « Reprenons le contrôle de notre pays” (Take back our country ») ils entendent redonnons aux blancs le contrôle exclusif de ce pays en réduisant noirs et autres minorités au statut d’esclave ou a défaut de citoyens de 2eme zone.
    C’est le sens de l’attaque sur le visa diversité ( diversity visa) – rebaptise par les racistes américains visa lotterie ( alors que le système de loterie est appliqué a plusieurs visa y compris les visa « de mérite » comme H1-B).
    Le but du visa diversité était de rééquilibrer les courants migratoires vers les USA en permettant aux pays peu représentés dans l’immigration américaine ( Afrique , Asie…) de rattraper leur sous-représentation dans la population immigrée –qui rappelons le est a une majorité écrasante blanche- italienne, irlandaise, polonaise…, -du temps pas si éloigné ou ces pays étaient pauvres et souffraient de famines…- et plus récemment indienne et chinoise.
    La virulence des attaques de Trump contre les pays africains et HAITI – traites de pays de merde- traduit la peur de voir la composition raciale changer dans le sens d’une plus grande diversité, comme les statistiques démographiques l’annoncent.
    L’Amérique qui a bâti sa richesse sur le travail gratuit des esclaves africains pendant trois siècles, et étend encore aujourd’hui sa domination économique, politique et culturelle sur les pays d’Afrique, ‘Asie et d’Amerique latine a la mémoire courte et nous devons lui rafraichir la mémoire.
    Nous devons rappeler a Trump –et aux blanc suprématistes-qu’en 1944-45 , c’est au pays de merde du Congo –alors Belge- , que l’’Amérique est allée extraire ( en secret) l’uranium qui lui permit de fabriquer la bombe atomique dont l’explosion au Japon mettra fin a la guerre et fera des USA le gendarme du monde et la première puissance économique.
    Aujourd’hui encore, les minéraux précieux qui assurent la domination des Qualcomm américain et autres fabricants de semi- conducteurs alimentant les smart phones et a la base de la revolution post-industrielle viennent de ces pays de merde, pilles a moindre cout.
    La merde en Afrique, c’est celle qu’y déversent les dirigeants américains et les transnationales qui font et défont les gouvernements, établissent et encouragent la corruption a grande échelle en faisant mine de ne pas y toucher.
    IL nous appartient , africains , de nous réveiller et de nettoyer notre contre continent des fouteurs de merde, et de leur puants représentants locaux .

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    Merveilleuse réflexion et analyse. Ce texte devrait être publié dans les journaux de tous les pays de noirs et même aux états-unis.Il faut que nos dites élites dirigeantes le lisent et s’en inspirent pour une amélioration conséquente de notre notre image, de l’image de l’homme noir.
    Merci à l’auteur pour ce devoir de digne fils africain.