«Je suis Fitheb 2018» : une campagne pour l’organisation de l’événement cette année

«Je suis Fitheb 2018» : une campagne pour l’organisation de l’événement cette année

L’édition 2018 du Festival International de Théâtre du Bénin (Fitheb) est dans l’impasse. Jusqu’en Février, rien n’annonce la tenue effective de l’événement, qui selon ses traditions, devrait se tenir dans le mois de mars.

Porte ouverte au Fitheb du 8 au 15 avril

Les acteurs culturels s’en inquiètent, et à raison. Car, il s’agit du seul festival d’envergure internationale qui donne de la visibilité au Bénin dans l’arène des arts, et permet de le citer dans le rang des grands rendez-vous culturels sur le continent africain comme le Fespaco au Burkina-Faso, le Massa au mali, etc.

Au-delà de ses craintes, Esckil Agbo journaliste culturel, a initié une campagne dénommée «Je suis Fitheb 2018», pour plaider et revendiquer que le gouvernement du Président Patrice Talon pérennise ce festival en sauvant déjà l’édition 2018. Interview.

La Nouvelle Tribune : Bonjour M. Agbo. Vous êtes l’initiateur de la campagne «Je suis Fitheb 2018», qui tourne actuellement dans les médias. De quoi s’agit-il concrètement ?

Esckil Agbo : «Je suis Fitheb 2018» est une campagne pour réclamer et revendiquer l’organisation de la 14e édition du Festival International de Théâtre du Bénin (Fitheb). Conformément à l’appel à création que la direction générale du festival avait lancé courant le 2e semestre de l’année 2017, la 14e édition de la biennale est annoncée pour se tenir en mars 2018.

Le mois de janvier est fini, celui de février a ouvert ses portes. Mais jusque-là, nous n’avons aucune information officielle sur la tenue de l’événement. Je n’arrive pas à comprendre qu’à moins de trente jours du mois de mars, rien n’annonce l’organisation du Fitheb 2018. Nous n’avons aucune information sur la délibération de l’appel à création, les artistes devant prendre part à la biennale ne sont donc pas connus.

L’appel à accréditation pour la presse et autres n’est pas lancé. En un mot, il n’y a aucun signe de communication qui promet l’événement. Rien du tout.

Face à cette situation qui défigure davantage le visage culturel du Bénin, je pense qu’aucun acteur culturel béninois ne saurait rester insensible. En tout cas, le comédien, le metteur en scène, le dramaturge, le scénographe, le conteur, le slameur, le poète, le chanteur, le danseur qui aime le Bénin et qui aime ce festival, ne peut rester indifférent au sort qu’on lui inflige. D’où la campagne « Je suis Fitheb 2018 ». Pour emprunter les mots du poète-dramaturge béninois Daté Barnabé Atavito-Akayi, « le Fitheb ne mourra pas car il n’y a pas de morgue pour l’accueillir ».

Avez-vous cherché à savoir pourquoi ce silence autour de la tenue de l’événement ?

Oui. Je ne suis pas resté dans mon lit pour initier cette campagne. En ma qualité de journaliste culturel, j’ai cherché et recherché les raisons qui sont à la source de ce que nous constatons tous. D’abord, l’appel à création de la direction générale du Fitheb prouve son engagement à organiser l’événement, et ce à bonne date. Car le mois du Fitheb c’est le mois de mars.

Mes investigations m’ont montré que le problème est au niveau de la hiérarchie du monde culturel. Je considère par hiérarchie du monde culturel, toutes les institutions étatiques qui sont impliquées dans la tenue du Fitheb. Il s’agit singulièrement de la Présidence, du Ministère du tourisme, de la culture et des sports, et du Ministère de l’économie et des finances. Ces trois institutions ont chacune le pouvoir d’opposition à l’organisation du Fitheb. Curieusement, c’est ce qui se dessine vaille que vaille.

Vous savez que le Bénin a changé récemment d’équipe gouvernementale. Nous avons un nouveau Ministre à la tête de la Culture. Ce qui est devenu depuis quelques années la règle à la tête de nos institutions, c’est qu’à son arrivée, le nouveau patron lance l’opération « Je veux voir clair dans tout ce qui s’est produit avant moi ». Ce qui est normal. Une fois cette intention lancée, bienvenu à l’éternel recommencement. On stoppe toutes les activités, même les plus urgentes. Le secteur de la culture est la proie facile de ce « Je veux voir clair ».

Avant l’actuel Ministre, Oswald Homéky, son prédécesseur Ange N’Koué est resté sur place à tourner pendant plus de dix-huit mois, sans qu’on sache véritablement ce qui se faisait.

Son successeur est venu, nous avons applaudi parce que nous avons vu l’homme agir au niveau des sports. Mais jusque-là, nous écarquillons les yeux sans rien voir. En tout cas, pour le Fitheb nous ne voyons rien. Comprenez donc d’où proviendrait le malaise de la biennale.

Comment la campagne « Je suis Fitheb 2018 » se déroulera –t- elle ?

Notre objectif est d’aboutir à la tenue effective de l’événement cette année. C’est une évidence qu’il ne peut plus se tenir en mars, en tout cas si on ne veut pas le clochardiser. Alors, nous utiliserons tous les moyens nécessaires pour amener les décideurs à faire organiser notre événement. C’est notre festival. On ne le laissera pas mourir.

Actuellement, nous ne sommes qu’à la première étape de notre campagne. Au fur et à mesure que nous évoluerons, vous remarquerez les autres phases.

Avez-vous un appel à lancer aux acteurs culturels ?

Le Fitheb est l’unique événement culturel du Bénin dont l’Etat est le principal financier. Du haut de ses 27 ans de vie, il est à un carrefour décisif. Il est temps qu’on légalise son financement. Je pense qu’il faut assoir une politique qui légifère la mise à disposition de la direction des ressources nécessaires, notamment financières, pour l’organisation de la biennale. Parce que le problème du Fitheb se trouve à ce niveau. Si l’Etat n’est pas prêt à prendre une telle initiative, nous acteurs culturels pouvons la provoquer. C’est-à-dire conduire l’Etat à la prendre.

Propos recueillis par Blaise Ahouansè

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