Ceux qui jubilent depuis la signature de l’accord marquant la fonte des formations politiques du RHDP, en un parti unifié du même nom, doivent avoir le triomphe modeste.Car, la naissance de cette alliance même si elle est salutaire, ne saurait être une panacée à la question centrale de la réconciliation nationale.

Depuis la signature par les partis politiques, membres de la majorité présidentielle de l’acte de naissance d’un parti unifié, beaucoup d’Ivoiriens s’enthousiasment à l’idée que le jeu politique est apaisé, et donc que la Côte-d’Ivoire est pacifiée. Ceux qui le pensent se trompent. L’accord entre Ouattara, Bédié et consorts, est certes une bonne chose en ce sens qu’il mettra fin -du moins on l’espère-, au désordre au sommet de l’état. Toutefois, cette alliance ne signifie pas que le jeu politique encore moins le pays sont pacifiés, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2020.

Quoique salutaire, l’unification du RDR et du PDCI en un seul parti, reste une entente entre deux associations privées qui n’aspirent qu’à la conquête du pouvoir en 2020. C’est donc une affaire privée dont les bénéfices n’iront qu’aux signataires, principalement au RDR de Ouattara, dont plusieurs poids se sont ouvertement prononcés en faveur de la conservation du pouvoir. Faisons donc attention à ne pas substituer la naissance d’un parti unifié à la question centrale de la réconciliation nationale, qui reste encore à ce jour un défi majeur pour la pacification du pays.

La nécessité d’un dialogue inclusif dans un pays très divisé

La crise post-électorale a accentué la division entre pro-Ouattara et pro-Gbagbo. Pis, aujourd’hui les termes « RDR tendance Soro » et «RDR tendance Ouattara», apparaissent dans les discussions politiques entre habitants de certaines communes d’Abidjan, signe que le vivre ensemble ivoirien est au plus mal. Et, ce n’est pas la naissance du RHDP -dont les principaux leaders n’ont pas été très brillants en matière de réconciliation nationale-, qui arrangera les choses. En effet, si le processus de réconciliation nationale avait bénéficié, ne serait-ce que d’une partie des efforts actuellement déployés par l’exécutif pour obtenir le parti unifié, Charles Konan Banny n’aurait certainement pas jeté l’éponge. La réconciliation nationale reste pourtant le passage obligé vers une paix durable en Côte d’Ivoire, une paix que le parti unifié ne suffira pas à ramener.

Tout simplement, parce que le RHDP en tant qu’association privée, ne représente pas la totalité des Ivoiriens. Or, la réconciliation passe par une entente plus inclusive, prenant en compte les partis politiques de l’opposition, les politiques de plus en plus nombreux à se lancer en indépendants, mais surtout la société civile. Un sondage au sortir de la crise post-électorale, évoqué l’an dernier par RFI, a montré que la grande majorité des jeunes ivoiriens se désintéresse de la politique. Or, l’avis de tous ces jeunes compte et ne peut être pris en compte que dans un cadre plus inclusif que le RHDP, qui malgré l’unification annoncée est très loin d’avoir fait l’unité en son sein.

Le cas Soro

Certes Ouattara et Bédié ont le mérite d’avoir réussi la signature de l’acte de naissance officiel du RHDP, mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils aient chacun vaincu les opposants au parti unifié au sein de leurs partis respectifs. Vice-président du RDR, Soro a de longue date, fait savoir qu’il n’entend pas se plier à une alliance Bédié-Ouattara en 2020. L’ex-chef de la rébellion armée aujourd’hui à la tête du parlement ivoirien, explique légitimement que l’avenir politique de la Côte-d’Ivoire ne peut pas seulement se jouer à un deal entre deux formations politiques, fussent-elles, les plus grandes du pays. Vouloir empêcher Soro ou tout autre candidat hors RHDP d’y aller en 2020, ce serait créer les conditions d’une élection non apaisée.

Outre le cas Soro, bien d’autres menaces existent qui pourraient compromettre la tenue d’une présidentielle apaisée et la stabilité de la Côte d’Ivoire. Seul un vrai processus de réconciliation nationale peut sauver la Côte-d’Ivoire, tenons-le nous pour dit…

3 Commentaires

  1. Après avoir goûté longtemps l’ère du parti unique sous Houphouët B., Ouattara veut retourner à ces jours nostalgiques remplis de meurtres d’assassinats.

LAISSER UN COMMENTAIRE

SVP, Entrez votre commentaire
SVP saisissez votre nom