AFRICOM : les États-Unis abandonnent l'idée de bases permanentes en Afrique de l'Ouest

En juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani renversait le président Mohamed Bazoum au Niger, provoquant une rupture diplomatique majeure avec Washington. Quelques mois plus tard, les nouvelles autorités de Niamey exigeaient le départ des forces américaines, dénonçant un accord militaire jugé contraire aux intérêts du peuple nigérien. En août 2024, les derniers soldats américains quittaient la base stratégique d’Agadez, mettant fin à des années d’opérations de drones dans la région sahélienne. Cette éviction forcée a visiblement conduit le Pentagone à repenser fondamentalement son approche militaire sur le continent africain.

Le Pentagone renonce aux installations fixes en Afrique de l’Ouest

Le lieutenant-général John W. Brennan Jr., numéro deux du Commandement des États-Unis pour l’Afrique, a clarifié cette nouvelle orientation lors d’un entretien accordé à l’AFP en marge d’une rencontre sécuritaire américano-nigériane tenue à Abuja le 24 janvier 2026. Le haut gradé a été catégorique : Washington ne cherchera pas à remplacer ses installations perdues au Niger par de nouvelles infrastructures dans la région.

« Nous ne cherchons pas à créer une base de drones n’importe où », a-t-il affirmé, évoquant directement la fermeture des opérations d’Agadez. Le général Brennan a précisé que la priorité américaine consistait désormais à « déployer les capacités nécessaires au bon endroit au bon moment, puis à partir ».

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Cette philosophie du désengagement structurel traduit une évolution notable de la doctrine américaine. Plutôt que de maintenir des emprises territoriales permanentes, l’armée américaine privilégie dorénavant une présence ponctuelle et ciblée, axée sur le renforcement des capacités de ses partenaires africains.

Washington maintient le dialogue avec les pays du Sahel malgré les tensions

Malgré la suspension officielle de la coopération sécuritaire avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger suite aux coups d’État survenus entre 2020 et 2023, le général Brennan a révélé que les canaux de communication restaient ouverts. Les États-Unis auraient notamment partagé des renseignements avec certains de ces pays pour faciliter des frappes contre des cibles terroristes, bien que ces échanges se déroulent de manière informelle.

Sous l’administration Donald Trump, l’AFRICOM adopte une posture plus offensive dans sa traque des groupes affiliés à l’État islamique. Le commandant adjoint a souligné que les forces américaines travaillaient désormais avec leurs partenaires africains pour « cibler de manière cinétique les menaces, principalement l’EI », de la Somalie au Nigeria.

Cette approche se concrétise notamment par un renforcement de la coopération avec Abuja, incluant des livraisons de matériel, un partage accru de renseignements et un soutien aux frappes aériennes nigérianes contre l’État islamique en Afrique de l’Ouest dans le nord-est du pays et dans l’État de Sokoto au nord-ouest. L’expulsion américaine du Niger n’aura donc pas sonné le glas de l’engagement militaire de Washington en Afrique, mais plutôt sa transformation profonde.

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