Le chef de la diplomatie russe a tenu ce lundi 20 janvier 2026 sa conférence de presse annuelle à Moscou, dressant un bilan des relations entre la Russie et le continent africain. Face aux journalistes nationaux et internationaux, Sergueï Lavrov a vivement critiqué ce qu’il qualifie de tentatives occidentales visant à freiner l’émancipation des États africains. Le ministre a également confirmé l’expansion du réseau diplomatique russe sur le continent, avec l’ouverture prochaine de quatre nouvelles représentations. Cette offensive diplomatique intervient alors que Moscou cherche à consolider son influence face aux puissances traditionnelles dans une région devenue un enjeu géopolitique majeur.
Le ministère russe des Affaires étrangères a choisi ce rendez-vous annuel pour réaffirmer ses ambitions sur le continent africain. Sergueï Lavrov a exposé les priorités de Moscou pour l’année à venir, plaçant le renforcement des liens russo-africains au cœur de l’agenda diplomatique. Le chef de la diplomatie a notamment annoncé que la Russie porterait à quarante-neuf le nombre total de ses ambassades en Afrique, grâce à l’inauguration de missions diplomatiques en Gambie, au Libéria, au Togo et aux Comores. Cette expansion témoigne de la volonté du Kremlin d’étendre sa présence institutionnelle dans des pays où Moscou n’était jusqu’alors pas directement représenté, illustrant une stratégie d’ancrage territorial méthodique sur l’ensemble du continent.
Moscou accuse l’Occident de perpétuer des pratiques néocoloniales en Afrique
Durant son intervention devant la presse, le ministre russe n’a pas ménagé ses critiques à l’encontre des puissances occidentales. Sergueï Lavrov a accusé certains pays et alliances militaires de vouloir entraîner les nations africaines dans des confrontations géopolitiques qui ne servent pas leurs intérêts. Selon le chef de la diplomatie russe, ces manœuvres s’inscrivent dans une logique d’ingérence persistante, héritière directe des pratiques coloniales passées. Le ministre a estimé que les méthodes employées par l’Occident visent à entraver le développement souverain des États africains et à limiter leur capacité à choisir librement leurs partenaires internationaux. Cette rhétorique, désormais récurrente dans le discours officiel russe, s’accompagne d’une offre de coopération présentée comme respectueuse de la souveraineté des nations du continent.
La montée en puissance de la Russie sur la scène africaine ne date pas d’hier et s’est considérablement accélérée au cours de la dernière décennie. Dès le milieu des années 2010, Moscou a entrepris de renouer avec les liens tissés durant l’époque soviétique, lorsque l’URSS soutenait les mouvements de libération nationale et les régimes progressistes du continent. Le premier sommet Russie – Afrique, organisé à Sotchi en 2019, a marqué un tournant symbolique en réunissant plus de quarante chefs d’État africains autour de Vladimir Poutine. Cette offensive diplomatique s’est accompagnée d’une présence militaire croissante, notamment au travers de sociétés de sécurité privées déployées au Mali, en République centrafricaine, au Burkina Faso et en Libye. Parallèlement, Moscou a multiplié les accords de coopération dans les domaines de l’énergie nucléaire civile, de l’exploitation minière et des céréales, faisant de la Russie un acteur incontournable pour de nombreux gouvernements africains en quête d’alternatives aux partenaires traditionnels.
Le Forum Russie-Afrique au Caire : bilan d’une coopération renforcée
Les déclarations de ce lundi prolongent les engagements pris lors de la deuxième conférence ministérielle du Forum de partenariat Russie – Afrique, qui s’est tenue au Caire les 19 et 20 décembre dernier. Cet événement diplomatique d’envergure, organisé pour la première fois sur le sol africain, avait rassemblé les ministres des Affaires étrangères de nombreux pays du continent ainsi que des représentants de l’Union africaine.
À cette occasion, Sergueï Lavrov avait qualifié le continent africain de pilier essentiel du nouvel ordre mondial multipolaire que Moscou appelle de ses vœux. Le chef de la diplomatie russe y avait également dénoncé la persistance de pratiques néocoloniales, affirmant que la Russie se tenait prête à œuvrer aux côtés de ses partenaires africains pour éradiquer ces héritages du passé. La déclaration finale adoptée à l’unanimité lors de ce forum rejetait explicitement les sanctions unilatérales et appelait à la mise en place de mécanismes financiers et logistiques indépendants des circuits occidentaux.
Extension du réseau diplomatique russe et ambitions commerciales sur le continent
Au-delà de l’ouverture de nouvelles ambassades, Moscou entend également renforcer sa présence économique en Afrique subsaharienne. Le ministère russe des Affaires étrangères prévoit d’étendre ses missions commerciales à quinze pays africains d’ici la fin de l’année 2026, tandis que treize nouvelles commissions intergouvernementales dédiées à la coopération scientifique, économique et technique devraient voir le jour prochainement. Ces annonces traduisent une volonté de dépasser le cadre strictement politique pour ancrer la relation russo-africaine dans des échanges commerciaux concrets. Le développement des règlements en monnaies nationales, destiné à contourner les sanctions occidentales et la dépendance au dollar, figure également parmi les priorités affichées par Moscou. Cette stratégie s’insère dans une dynamique plus large portée par les BRICS, dont la Russie constitue l’un des membres fondateurs aux côtés de l’Afrique du Sud.
L’intensification des efforts diplomatiques russes en direction de l’Afrique intervient dans un contexte de recomposition profonde des équilibres géopolitiques mondiaux. Alors que les puissances occidentales peinent parfois à adapter leur approche aux attentes des gouvernements africains, Moscou se positionne comme un partenaire alternatif, misant sur un discours anti-impérialiste et une coopération présentée comme dénuée de conditionnalités politiques. La multiplication des visites ministérielles, l’expansion du réseau diplomatique et le renforcement des mécanismes de coopération économique dessinent les contours d’une stratégie de long terme, dont les effets continueront de façonner les relations internationales du continent dans les années à venir.



