CAN 2025 : un restaurant ivoirien licencie son cuisinier marocain après des propos polémiques sur l'Afrique

Un établissement de restauration basé à Abidjan a mis fin au contrat de l’un de ses employés, un chef cuisinier de nationalité marocaine, après la publication sur Instagram d’un message jugé offensant envers le continent africain. Cette décision, intervenue dans les heures suivant la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, a été largement relayée par des influenceurs ivoiriens, dont Edith Brou. L’affaire montre les tensions communautaires exacerbées par cette compétition footballistique qui a divisé le continent.

Le restaurant West Abidjan sanctionne un employé pour discours discriminatoire

Les faits se sont déroulés dans la nuit du 18 au 19 janvier 2026, quelques heures seulement après la défaite du Maroc face au Sénégal en finale de la compétition continentale organisée sur son propre sol. Un cuisinier marocain travaillant au sein du restaurant West Abidjan, établissement réputé de la capitale économique ivoirienne, a publié une story sur le réseau social Instagram dont le contenu a rapidement suscité l’indignation. Dans ce message, l’employé exprimait son amertume suite à la défaite des Lions de l’Atlas en tenant des propos particulièrement virulents à l’encontre des populations subsahariennes. Il y écrivait notamment : « J’espère que vous avez vu le vrai visage de vos « frères » africains durant toute cette CAN. Qu’on me reparle d’unité, de fraternité, ce continent mérite de rester dans la ruine et l’état qu’il est. » Le message se concluait par les mots « Dima mghrib et vive le roi », expression de soutien au royaume chérifien.

Bien que l’auteur ait rapidement supprimé cette publication, plusieurs internautes ivoiriens avaient déjà effectué des captures d’écran qui se sont propagées massivement sur les réseaux sociaux. Face à l’ampleur de la polémique naissante, le cuisinier a tenté de présenter ses excuses dans un second message, affirmant son attachement à la Côte d’Ivoire qu’il qualifiait de « deuxième pays » et revendiquant son identité africaine. Ces justifications n’ont toutefois pas suffi à apaiser la colère des internautes ni à éviter les conséquences professionnelles de ses déclarations initiales. La direction de l’établissement a réagi avec célérité en publiant un communiqué officiel annonçant la rupture immédiate de toute collaboration avec l’intéressé, condamnant fermement tout discours à caractère discriminatoire et réaffirmant son attachement aux valeurs de respect, de tolérance et d’inclusion.

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Finale Maroc – Sénégal : une rencontre marquée par de multiples incidents

Cette affaire survient dans un climat particulièrement tendu généré par une finale de la CAN 2025 qui restera dans les annales pour ses nombreux débordements. La rencontre disputée au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat a été émaillée de controverses arbitrales majeures, notamment un but refusé à Ismaïla Sarr pour une faute jugée sévèrement sur Achraf Hakimi, suivi quelques minutes plus tard d’un penalty accordé au pays hôte après intervention de l’assistance vidéo. Ces décisions ont provoqué une réaction sans précédent du sélectionneur sénégalais Pape Thiaw, qui a ordonné à ses joueurs de quitter la pelouse en signe de protestation, interrompant la partie pendant près de vingt minutes. Seule l’intervention de Sadio Mané, allant chercher ses coéquipiers jusque dans les vestiaires, a permis la reprise du jeu.

Les tensions ne se sont pas limitées au rectangle vert puisque des ramasseurs de balles et même certains joueurs marocains, dont le capitaine Achraf Hakimi, ont été filmés tentant de subtiliser la serviette du gardien sénégalais Édouard Mendy, obligeant son remplaçant Yehvann Diouf à la protéger physiquement au point d’être bousculé et traîné au sol. Après le coup de sifflet final sanctionnant la victoire sénégalaise grâce à un but de Pape Gueye en prolongation, les deux sélectionneurs ont failli en venir aux mains, tandis que la conférence de presse d’après-match a dû être annulée en raison d’altercations entre journalistes des deux pays. La Fédération royale marocaine de football a depuis annoncé son intention de saisir la CAF et la FIFA concernant ces incidents.

Côte d’Ivoire : les réseaux sociaux amplifient les tensions post-CAN

L’influenceuse ivoirienne Edith Brou, figure reconnue du paysage numérique ouest-africain suivie par des centaines de milliers d’abonnés, a joué un rôle central dans la médiatisation de cette affaire en la relayant sur son compte Instagram. Elle y a détaillé la chronologie des événements, depuis la publication initiale jusqu’à la sanction prononcée par l’employeur. Le compte Biakpa Aouti sur la plateforme X a également contribué à la diffusion de l’information, soulignant que malgré la suppression rapide du contenu litigieux, les internautes ivoiriens avaient fait preuve d’une réactivité remarquable pour en conserver la trace. Cette mobilisation numérique témoigne de la sensibilité exacerbée des populations africaines aux questions de solidarité continentale, particulièrement dans le contexte sportif où les rivalités nationales peuvent rapidement dégénérer en tensions communautaires.

Cette situation rappelle d’autres incidents survenus durant cette même compétition, notamment le licenciement en France d’un agent de sécurité algérien travaillant pour l’enseigne Etam après des propos racistes tenus à l’encontre de l’arbitre sénégalais du match Algérie – Nigeria. Elle fait également écho à l’expulsion de Côte d’Ivoire, lors de la précédente édition de la CAN en 2024, d’une influenceuse franco-algérienne ayant tenu des propos dégradants sur le pays organisateur. Ces épisodes successifs interrogent sur la capacité des grandes compétitions sportives africaines à promouvoir les valeurs de fraternité qu’elles sont censées incarner, alors même que les passions nationales semblent de plus en plus difficiles à contenir dans les limites du fair-play. La réaction ferme et rapide du restaurant West Abidjan pourrait néanmoins constituer un signal encourageant, démontrant que les entreprises du continent refusent désormais de tolérer les discours susceptibles de fracturer le tissu social panafricain.

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