Cybercriminalité au Bénin : emprisonnés, un père et son fils s'accusent mutuellement

Devant les juges de la CRIET ce mardi 27 janvier, une affaire de cybercriminalité a pris une tournure familiale inattendue. Deux détenus, père et fils, se retrouvent au cœur du même dossier judiciaire et livrent des versions opposées sur l’utilisation d’un téléphone présenté comme support d’activités frauduleuses. Entre accusations croisées, éléments saisis par les enquêteurs et débats sur la responsabilité de chacun, la justice doit départager un père et son fils qui se renvoient la faute.

Une affaire de cybercriminalité qui fracture une famille

Le père, désigné par les initiales A. S., répond devant la justice d’accusations d’arnaque en ligne. D’après les investigations, son téléphone contiendrait des traces associées à des manœuvres frauduleuses sur internet. Une fouille menée à son domicile a également permis la saisie de plusieurs cartes SIM, locales et étrangères, que l’accusation considère comme des éléments venant appuyer le dossier.

L’homme conteste les faits. Il se présente comme opérateur économique actif au Bénin et en Côte d’Ivoire, habitué aux déplacements professionnels en Afrique de l’Ouest et vers le Golfe, ce qui, à ses yeux, justifierait la détention de nombreuses puces téléphoniques. Il a expliqué : « Je voyage régulièrement, notamment à Dubaï, au Burkina Faso et au Togo », pour justifier la possession des cartes SIM. Le parquet juge toutefois ces arguments peu convaincants au regard des données techniques recueillies.

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Son fils, détenu à la prison civile de Ouidah dans une procédure distincte liée à un vol, a été conduit à l’audience pour s’expliquer. Sa situation a pris de l’importance lorsque son père a affirmé que le téléphone aurait été emporté du domicile familial par le jeune homme, puis utilisé sans son accord avant de lui être retourné. Il situe cette séquence entre février et mars 2025, période durant laquelle son fils se serait éloigné avant que l’appareil ne revienne en sa possession. Le fils, pour sa part, a contesté les accusations et interrogé son père sur un éventuel « plan » : « Je ne fais pas d’escroquerie. J’ai été arrêté pour vol », a-t-il déclaré à la Cour, niant avoir dérobé le téléphone paternel et affirmant l’avoir retrouvé chez un ami avant de le confier à son oncle.

Téléphone saisi, cartes SIM et soupçons de blanchiment au centre du procès

Devant la Cour, le jeune homme a rejeté toute participation à une fraude sur internet. Il admet avoir eu le téléphone en main, mais affirme l’avoir récupéré chez une connaissance avant de le transmettre à son père par l’entremise d’un proche, évoquant des relations familiales conflictuelles. Il a réfuté les faits qui lui sont attribués ainsi que ceux reprochés à son père dans cette procédure.

Les échanges ont été marqués par des accusations réciproques, chacun mettant en doute la parole de l’autre. Le père a critiqué la crédibilité du témoignage de son fils. Les avocats ont plaidé la relaxe, au minimum au bénéfice du doute, soutenant que la qualification de blanchiment dépendrait de la preuve préalable d’une escroquerie constituée. Ils estiment également que la présence de cartes SIM, à elle seule, ne permettrait pas d’établir une infraction.

Le ministère public maintient sa position. Il sollicite que les faits soient retenus sous les qualifications d’escroquerie via internet et de blanchiment de capitaux, avec une peine de cinq années d’emprisonnement ferme et une amende fixée à deux millions de francs CFA. La Cour a réservé sa décision. Le délibéré annoncé pour le 3 mars 2026 devra départager deux récits familiaux opposés et dire si les éléments techniques du dossier suffisent à caractériser les infractions reprochées.

1 réflexion au sujet de « Cybercriminalité au Bénin : emprisonnés, un père et son fils s'accusent mutuellement »

  1. Le fils, pour sa part, a contesté les accusations et interrogé son père sur un éventuel « plan » : « Je ne fais pas d’escroquerie. J’ai été arrêté pour vol », a-t-il déclaré à la Cour, niant avoir dérobé le téléphone paternel

    Quel beau pays, quelle sublime génération !
    Tel père, tel fils et j’ajouterai tels dirigeants

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