Le manque de sommeil serait plus mortel que l'obésité ou le diabète selon une étude

Des chercheurs de l’Oregon Health & Science University viennent de publier des conclusions qui bouleversent les priorités de santé publique. Leur étude, parue en décembre 2025 dans la revue Sleep Advances, révèle que dormir insuffisamment constituerait le deuxième facteur le plus prédictif d’une espérance de vie réduite, juste derrière le tabagisme. Cette découverte place désormais le repos nocturne au cœur des préoccupations médicales, devant des comportements traditionnellement considérés comme plus dangereux. L’enjeu dépasse largement le simple confort quotidien puisque des millions de personnes pourraient voir leur longévité affectée par leurs habitudes de sommeil.

Passer une nuit trop courte ne se traduit pas uniquement par une sensation de fatigue au réveil. Les travaux menés par l’équipe du professeur Andrew McHill suggèrent que cette habitude pourrait retrancher plusieurs années à notre existence. En analysant des données collectées entre 2019 et 2025 auprès de populations de différents États américains, les scientifiques ont mis en évidence une corrélation particulièrement marquée entre la durée du repos nocturne et la mortalité précoce. Leurs observations indiquent que ne pas atteindre les sept à neuf heures recommandées chaque nuit présente un impact sur la longévité supérieur à celui d’une alimentation déséquilibrée, d’un mode de vie sédentaire ou même d’un isolement social. Seule la consommation de tabac dépasse ce facteur dans la hiérarchie des comportements réduisant l’espérance de vie.

Sommeil et santé : un lien sous-estimé pendant des décennies

La communauté scientifique s’intéresse depuis longtemps aux répercussions d’un repos insuffisant sur l’organisme. L’Organisation mondiale de la santé reconnaît le sommeil comme un déterminant fondamental de la santé, au même titre que l’alimentation équilibrée ou l’activité physique régulière. Selon les estimations de l’OMS, environ 40 % de la population mondiale souffre de troubles du sommeil à des degrés divers, un phénomène qui s’est accentué avec l’urbanisation croissante et la généralisation des écrans. De nombreux travaux avaient déjà établi des associations entre des nuits écourtées et diverses pathologies graves. Les personnes dormant moins de six heures présentent notamment des risques accrus de développer une hypertension artérielle, des troubles cardiovasculaires ou un diabète de type 2. Des recherches menées par l’Inserm et l’Université Paris Cité en collaboration avec l’University College London avaient démontré qu’une durée inférieure ou égale à cinq heures par nuit à l’âge de cinquante ans augmentait de 20 % la probabilité de développer une maladie chronique. Ces mêmes travaux pointaient un risque de décès accru d’environ 25 % dans cette population.

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Pathologies cardiovasculaires et déficit de repos nocturne

Les mécanismes biologiques expliquant cette relation mortifère sont multiples et touchent pratiquement tous les systèmes de l’organisme. La neuroscientifique Chelsie Rohrscheib, spécialiste des troubles du repos, souligne que le déficit chronique favorise l’apparition de l’insuffisance cardiaque, des accidents vasculaires cérébraux, de certains cancers et de dysfonctionnements immunitaires. La démence figure également parmi les pathologies associées à des nuits trop courtes. Au-delà des atteintes physiques, les conséquences touchent également la sphère psychologique puisque les troubles de l’humeur et les comportements à risque se trouvent exacerbés par le manque de repos. Le docteur Thomas Kilkenny, directeur d’un institut spécialisé, rappelle que dormir trop peu ou au contraire de manière excessive constitue un puissant indicateur de mortalité prématurée. Une investigation antérieure datant de 2019, portant sur plus de 1 600 adultes, avait révélé que les personnes souffrant d’hypertension ou de diabète voyaient leur risque de mourir doubler lorsqu’elles dormaient moins de six heures. Ce danger était même triplé chez les individus atteints de pathologies cardiaques ou ayant subi un accident vasculaire cérébral.

Santé publique mondiale : vers une réévaluation des priorités

Les implications de ces découvertes dépassent le cadre individuel pour interpeller les autorités sanitaires du monde entier. L’OMS estime que les troubles du sommeil représentent un fardeau économique considérable, affectant la productivité au travail, augmentant les accidents de la route et alourdissant les dépenses de santé liées aux maladies chroniques. Dans les pays industrialisés, la durée moyenne de repos a diminué de manière significative au cours des dernières décennies, un phénomène attribué aux rythmes de vie accélérés, à l’hyperconnexion numérique et aux horaires de travail atypiques. Les jeunes adultes et les travailleurs de nuit figurent parmi les populations les plus touchées par cette dette de sommeil généralisée. Face à ces constats alarmants, plusieurs gouvernements ont commencé à intégrer la promotion du repos nocturne dans leurs stratégies de santé publique, reconnaissant son rôle central dans la prévention des maladies non transmissibles.

Le professeur McHill insiste sur la nécessité de modifier notre perception collective face à ces nouvelles données. « Le sommeil joue un rôle essentiel dans presque tous les processus biologiques », rappelle-t-il, déplorant que ce comportement soit encore trop souvent considéré comme secondaire ou ajustable selon les contraintes du quotidien. Ces travaux américains pourraient ainsi marquer un tournant dans l’approche préventive des systèmes de santé à l’échelle mondiale, plaçant désormais la qualité du repos nocturne parmi les priorités absolues de la médecine contemporaine. La question n’est plus seulement de savoir combien d’heures nous passons au lit, mais de comprendre que chaque nuit écourtée pourrait littéralement nous coûter des jours de vie.

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