Mark Rutte entretient une relation privilégiée avec Donald Trump depuis plusieurs années. Dès novembre 2024, fraîchement nommé à la tête de l’OTAN, il s’était rendu à Mar-a-Lago pour rencontrer le président élu. Cette proximité s’est confirmée la semaine dernière à Davos, où le secrétaire général a multiplié les flatteries envers son interlocuteur américain, allant jusqu’à l’appeler publiquement « Daddy ». Une stratégie qui lui a permis de négocier seul un « cadre d’accord » sur le Groenland, au grand dam des alliés européens pris de court. Mais lundi, face aux eurodéputés à Bruxelles, l’ancien Premier ministre néerlandais a adopté un tout autre registre.
Devant la Commission de sécurité et de défense du Parlement européen, Mark Rutte a douché les ambitions d’autonomie stratégique du Vieux Continent. « Et si quelqu’un pense encore ici que l’Union européenne, ou l’Europe dans son ensemble, peut se défendre sans les États-Unis, continuez de rêver », a-t-il lancé. « Vous ne le pouvez pas. Nous ne le pouvons pas, nous avons besoin les uns des autres. »
Mark Rutte chiffre le coût d’une défense européenne sans Washington
Pour appuyer son propos, le chef de l’Alliance atlantique a sorti la calculatrice. Selon lui, bâtir une défense européenne véritablement autonome exigerait de consacrer non pas 5 %, mais 10 % du PIB des pays membres aux dépenses militaires. À cela s’ajouterait la nécessité de développer une capacité de dissuasion nucléaire indépendante, un investissement qui se chiffrerait en « milliards et milliards d’euros ».
Ces déclarations interviennent alors que les 32 pays de l’OTAN se sont engagés lors du sommet de La Haye en juin 2025 à atteindre 5 % de leur PIB consacrés à la sécurité d’ici 2035, dont 3,5 % pour les dépenses strictement militaires. Un objectif déjà ambitieux puisque de nombreux États ont à peine franchi le seuil des 2 % fin 2025.
Jean-Noël Barrot recadre le secrétaire général de l’OTAN
La réponse française n’a pas tardé. Quelques heures après l’intervention de Mark Rutte, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a publié une réplique sèche sur X. « Non, cher Mark Rutte. Les Européens peuvent et doivent prendre en charge leur sécurité », a écrit le chef de la diplomatie française, avant d’ajouter : « Même les États-Unis en conviennent. C’est le pilier européen de l’OTAN. »
Cette passe d’armes révèle une fracture persistante au sein de l’Alliance. La France défend depuis plusieurs années le concept d’autonomie stratégique européenne, une position que ne partagent pas tous les membres de l’OTAN. Les pays géographiquement proches de la Russie, notamment les États baltes et la Pologne, restent attachés à la protection américaine, en partie à cause de leur dépendance aux systèmes d’armement fournis par Washington.
L’attitude de Mark Rutte montre un exercice d’équilibriste périlleux : ménager Donald Trump d’un côté, tout en rappelant aux Européens leur dépendance de l’autre. Une posture qui, visiblement, ne convainc pas Paris.




» Les Européens peuvent et doivent prendre en charge leur sécurité »
Pas d’alternative. C’est comme ça et pas autrement
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