Les relations transatlantiques traversent une zone de turbulences inédite, et le secteur pharmaceutique se retrouve au cœur de la tempête. Lors du Forum économique mondial de Davos, Donald Trump a publiquement affirmé avoir contraint Emmanuel Macron à accepter une hausse des prix des médicaments en France, allant jusqu’à imiter le président français avec un accent caricatural. « Tu vas le faire, et tu vas le faire vite. Sinon, je mets un tarif de 25% sur tout ce que vous vendez aux États-Unis et 100% sur vos vins et champagnes », aurait-il lancé à son homologue français selon ses propres dires. L’Élysée a immédiatement démenti, qualifiant ces propos de « fake news » et rappelant que le chef de l’État ne fixe pas les prix des médicaments, régulés par la Sécurité sociale. Au-delà de cette passe d’armes diplomatique, les politiques tarifaires américaines pourraient bien avoir des répercussions concrètes sur le portefeuille des patients européens.
Les tarifs douaniers américains menacent les laboratoires pharmaceutiques européens
L’administration Trump a déployé un arsenal commercial redoutable contre l’industrie pharmaceutique mondiale. Depuis octobre 2025, les médicaments de marque importés aux États-Unis sont frappés d’une taxe de 100%, à moins que leur fabricant ne construise une usine sur le sol américain. Le président américain a même évoqué la possibilité de porter ces droits de douane jusqu’à 250% d’ici un an et demi. L’objectif affiché : forcer les laboratoires à relocaliser leur production et à aligner leurs prix américains sur ceux pratiqués ailleurs dans le monde.
Pour les entreprises européennes, le choc a été immédiat. Les actions de géants comme Novartis, Roche ou Bayer ont reculé après ces annonces. L’Union européenne a négocié un accord limitant les tarifs à 15% pour les produits pharmaceutiques du bloc, mais cette protection reste fragile face aux revirements imprévisibles de Washington.
La stratégie américaine repose sur un constat que Trump martèle : les Américains paieraient jusqu’à 14 fois plus cher que les Européens pour certains traitements comme l’Ozempic. Sa solution passe par le principe du « most favored nation », qui obligerait les laboratoires à vendre aux États-Unis au prix le plus bas pratiqué dans les pays développés. En contrepartie, l’administration exerce une pression considérable pour que l’Europe augmente ses propres tarifs.
Les patients européens risquent de payer la facture de la guerre commerciale
Les analystes du secteur anticipent une hausse des prix des médicaments sur le Vieux Continent. Les laboratoires, contraints de réduire leurs marges aux États-Unis, pourraient chercher à compenser ces pertes en augmentant leurs tarifs dans d’autres régions. Plusieurs dirigeants de l’industrie pharmaceutique reconnaissent d’ailleurs que l’Europe paie trop peu pour financer la recherche et le développement.
En France, les patients font déjà face à des perspectives préoccupantes. Le gouvernement envisage de doubler les franchises médicales, passant potentiellement de un à deux euros par boîte de médicaments. Les mutuelles annoncent également des hausses de cotisations pour 2026. Quant aux traitements innovants, leur coût explose : 26 médicaments dépassent désormais 80 000 euros par patient et par an, contre un seul il y a dix ans.
Aux États-Unis, malgré les accords signés avec 17 grands laboratoires dont Pfizer, les prix n’ont pas baissé. Un rapport de janvier 2026 révèle que ces mêmes entreprises ont augmenté les tarifs de certains de leurs produits, avec une hausse médiane d’environ 4%. Plus de 350 médicaments verront leur prix grimper cette année outre-Atlantique, touchant notamment des vaccins et des traitements anticancéreux.
Entre menaces tarifaires, négociations commerciales et pressions diplomatiques, le marché mondial du médicament traverse une période d’incertitude majeure. Si Washington affirme vouloir réduire la facture pour les consommateurs américains, les patients européens pourraient bien devenir les victimes collatérales de cette guerre des prix.



