Ce 21 février, le président sud‑africain a réaffirmé l’autonomie stratégique de son pays. Cette déclaration intervient alors que les rivalités mondiales et les tensions géopolitiques entre les grandes puissances s’intensifient.
Le non-alignement au cœur de la Journée des forces armées
Cyril Ramaphosa a prononcé ses intentions sans détour lors du défilé de la Journée nationale des forces armées. « L’Afrique du Sud continuera de suivre une politique de non-alignement et ne permettra pas d’être entraînée dans les sphères d’influence des puissances mondiales rivales », a lancé le président devant les militaires sud-africains. Retransmis par SA News, son discours fixe des limites nettes.
Ramaphosa pousse plus loin le raisonnement. « L’Afrique du Sud demeure inébranlable dans sa politique de non-alignement. Nous affirmons notre autonomie stratégique et notre souveraineté », affirme-t-il. Ces paroles résonnent comme une réaction aux pressions exercées sur le pays.
Entre BRICS et isolement stratégique
Sur le papier, l’Afrique du Sud jouit d’une position enviable. Membre du groupe des BRICS — qui regroupe des économies émergentes comme le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine — depuis 2010, et seul État africain au sein du G20, elle représente un poids économique considérable sur le continent. Cette place stratégique lui confère une influence politique certaine. Toutefois, cette centralité géopolitique suscite des tensions avec Washington. Le président américain Donald Trump a déclaré que l’Afrique du Sud « ne devrait même plus faire partie du G20 » et ne s’est pas rendu au sommet du groupe à Johannesburg, en raison de ce qu’il appelle des violations des droits humains et des controverses liées à des politiques internes du pays.
Parallèlement, de nouveaux partenaires économiques — la Chine, la Russie ou encore la Turquie — ont accru leur présence commerciale et diplomatique en Afrique du Sud, renforçant ainsi ses liens avec le Global South. Ces relations avec Pékin et Moscou sont parfois interprétées à l’étranger comme un signe d’alignement sur des puissances hors du cadre occidental, ce que Pretoria nie. En réaction aux critiques étrangères, des responsables sud‑africains ont souligné que le pays suit une politique étrangère indépendante qui privilégie ses intérêts et sa souveraineté. Ces liens commerciaux et investissements ne signifient nullement une vassalisation, martèle Ramaphosa.
Le discours de fermeté cache des réalités plus complexes. Depuis les élections de 2024, l’ANC, le principal parti politique sud-africain, a perdu sa domination historique pour la première fois depuis la fin de l’apartheid. Plusieurs grandes villes ont basculé vers l’opposition. Cette fracture politique interne affaiblit la cohésion gouvernementale.
La déclaration sera éprouvée rapidement et Pretoria doit naviguer sans basculer. Les dossiers se multiplient : la question des mandats internationaux, les votes aux Nations unies sur les conflits en cours, les contrats d’armement, les flux d’investissements. L’autonomie affichée par Ramaphosa s’avère un exercice d’équilibre permanent. Les prochains mois montreront si Pretoria parvient à l’honorer ou si les pressions l’emportent.



