En avril 2025, l’administration Trump avait imposé des droits de douane à une trentaine de pays africains, supprimant brutalement les exemptions tarifaires qu’ils possédaient depuis deux décennies. Des secteurs entiers—textile, agriculture, minéraux—s’étaient soudainement vus frappés de tarifs douaniers, réduisant considérablement la compétitivité de leurs exportations vers le marché américain. Cette décision avait servi de levier de pression pour forcer la renégociation de l’accord commercial.
Dix mois plus tard, le 3 février 2026, Washington revient sur cette stratégie. L’African Growth and Opportunity Act a été réactivé, permettant de nouveau à une trentaine de pays africains d’exporter certains produits vers les États-Unis sans payer de droits de douane. Cette restauration des exemptions tarifaires, bien qu’elle redonne du souffle aux exportateurs africains, intervient sous de nouvelles conditions que l’administration américaine s’apprête à formaliser dans les mois à venir.
Produits africains et accès au marché américain sous condition
L’AGOA, dont la validité a été prolongée jusqu’au 31 décembre 2026, s’applique rétroactivement depuis le 30 septembre 2025, date à laquelle elle aurait initialement expiré. Cette application rétroactive permet à certains produits expédiés pendant la période où l’accord n’était pas renouvelé de bénéficier de réductions ou d’exonérations tarifaires. Les secteurs les plus concernés incluent le textile, l’agriculture et les minéraux, où la suppression des droits de douane renforce significativement la compétitivité des exportations africaines.
Pour les producteurs et exportateurs africains, ce retour des exemptions douanières constitue un avantage concret sur le marché américain, rendant leurs produits plus attractifs par rapport à ceux d’autres fournisseurs. Toutefois, ce bénéfice n’est pas automatique : les pays bénéficiaires doivent désormais se conformer à de nouvelles conditions et exigences pour profiter pleinement de l’accord : pluralisme politique, respect des droits humains, lutte contre la corruption…
Jamieson Greer, le représentant au Commerce de la Maison-Blanche, a précisé que Washington entend « moderniser » le programme d’ici la prochaine échéance. Cette modernisation implique une ouverture accrue des marchés africains aux produits américains. Le gouvernement Trump considère que le dispositif existant n’offre pas suffisamment d’avantages aux entreprises, agriculteurs et éleveurs américains. En clair, l’accès sans tarif pour les produits africains devient conditionné à un meilleur accès au marché africain pour les exportateurs américains.
Les négociations commerciales USA – Afrique s’intensifient jusqu’en 2026
Les douze mois de validité de l’AGOA constituent une période transitoire déterminante. Le gouvernement américain, en collaboration avec le Congrès, doit développer une version rénovée du programme avant la date limite du 31 décembre 2026. Les négociations qui s’engagent dès maintenant fixeront le cadre commercial entre les États-Unis et les pays africains pour les années à venir.
Cette extension intervient également comme résolution d’une crise administrative : le renouvellement de l’AGOA était intégré au texte législatif promulgué par Donald Trump pour mettre fin à une paralysie partielle du gouvernement fédéral qui durait depuis plus de trois jours. Le statut de cet accord commercial s’est ainsi entrelacé avec les négociations budgétaires internes américaines, révélant l’importance stratégique que l’administration confère à la redéfinition des relations commerciales avec l’Afrique.
Pour les pays africains, le défi consiste à préserver les bénéfices d’un accès sans tarif tout en se prépare aux demandes de réciprocité commerciale que Washington s’apprête à formaliser. Entre maintenant et fin 2026, le cours des négociations déterminera si le partenariat commercial bénéficiera équitablement aux deux rives de l’Atlantique ou si la balance penchera davantage vers les intérêts américains.



