Cotonou : le nouveau maire Luc Gnacadja veut gouverner par les résultats

Tableaux de bord, indicateurs partagés, réunions de pilotage structurées : Luc Gnacadja prend les rênes de Cotonou avec le vocabulaire du management international. Derrière la méthode, une promesse de rupture avec les habitudes d’une administration municipale que le nouveau maire dit vouloir transformer de l’intérieur.

Vendredi 20 février 2026, hôtel de ville de Cotonou. La passation de charges avec son prédécesseur Luc Atrokpo — désormais député à l’Assemblée nationale — à peine achevée, Luc Gnacadja fixe le cadre : une réunion hebdomadaire avec le Secrétaire exécutif, une session mensuelle du Conseil de supervision dédiée à l’exécution budgétaire, et un tableau de bord consolidé pour piloter l’action communale sur la base d’indicateurs mesurables. Pas de grands travaux annoncés. Pas de promesses d’infrastructure. Une discipline collective.

« Il ne s’agit pas d’ajouter des réunions, mais d’installer une discipline collective », déclare le nouveau maire devant les agents municipaux, auxquels il promet reconnaissance du travail bien fait et valorisation de la compétence.

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Un dispositif de pilotage emprunté aux organisations internationales

Le choix du vocabulaire n’est pas anodin. Architecte et urbaniste de formation, diplômé de l’École Africaine des Métiers d’Architecture et d’Urbanisme puis passé par la Harvard Kennedy School, Gnacadja a passé l’essentiel de sa carrière à l’interface entre politiques publiques et exigences de résultats mesurables. Ministre de l’Environnement, de l’Habitat et de l’Urbanisme sous Mathieu Kérékou de 1999 à 2005 — mandat au cours duquel la Banque mondiale lui décerne le Green Award 2002 —, il rejoint ensuite les Nations Unies. De 2007 à 2013, il dirige la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD) à Bonn, nommé par Ban Ki-moon. C’est là que s’est forgé son langage : résultats, indicateurs, traçabilité des décisions.

Revenu sur la scène nationale, il remporte un siège de conseiller municipal aux élections communales du 11 janvier 2026 sous les couleurs de l’Union progressiste le Renouveau (UPR). Quinze jours plus tard, les 34 conseillers du parti le désignent maire de la capitale économique béninoise pour un mandat de sept ans.

Une ville sous pression, des chantiers en héritage

Atrokpo laisse plusieurs chantiers ouverts : le Programme d’Assainissement Pluvial de Cotonou (PAPC), financé à hauteur de 264 milliards de francs CFA avec le concours de la Banque mondiale, de l’AFD et de la BAD, couvre 70 % de la superficie de la ville. L’échangeur de Vêdoko et un contournement nord de 37 kilomètres restent en cours, tout comme une future gare routière intégrée sur 12 hectares à Houéyiho, inscrite au Plan de Développement Communal de troisième génération.

Gnacadja hérite de ces dossiers sans marge budgétaire connue, dans une configuration où le préfet conserve une autorité de tutelle sur les décisions communales — une contrainte que plusieurs observateurs béninois jugent structurellement limitante pour tout exécutif municipal. La tenue régulière du Conseil de supervision dès les premières semaines de mandat constituera le premier test concret de sa promesse de rigueur.

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