Depuis la fin janvier 2026, les infrastructures énergétiques ukrainiennes subissent une intensification des frappes. Entre le 31 janvier et le 6 février, Moscou a mené cinq attaques groupées visant les installations électriques du pays. Le 7 février, une nouvelle offensive a provoqué des coupures de courant dans une grande partie de l’Ukraine, conduisant l’opérateur national Ukrenergo à imposer des coupures d’urgence. À Kiev, environ 5 635 immeubles résidentiels se sont retrouvés privés de chauffage, par des températures descendant jusqu’à -14°C. Cette intensification soulève une question : quels sont les objectifs poursuivis par Moscou à travers ces frappes sur le système électrique ukrainien ?
Les installations énergétiques ukrainiennes au cœur de la stratégie militaire russe
Le ministère français des Armées confirme dans son point de situation du 5 février que les installations énergétiques constituent les cibles privilégiées des forces armées russes. Cette campagne s’articule autour de frappes visant les centrales thermiques, les sous-stations électriques et les lignes à haute tension. Le 2 février 2026, la Russie a utilisé 32 missiles balistiques sur un total de 70 projectiles tirés, marquant un record depuis le début du conflit. Ces missiles ont ciblé des centrales comme celle de Burshtyn dans la région d’Ivano-Frankivsk et des sous-stations stratégiques autour de Kiev.
Moscou justifie officiellement ces frappes en affirmant cibler des installations à double usage ou militaires soutenant l’armée ukrainienne. Le ministère russe de la Défense indique qu’il s’agit de réponses aux attaques ukrainiennes contre des objectifs civils en territoire russe. De son côté, Kiev dénonce des attaques délibérées contre des infrastructures civiles indispensables à la population.
Les experts militaires proposent plusieurs lectures de cette stratégie. Certains analystes estiment qu’en frappant les centrales électriques pendant l’hiver, la Russie cherche à exercer une pression sur la population ukrainienne pour influencer la position de Kiev dans les négociations. D’autres observateurs soulignent que cette approche vise à perturber le fonctionnement général du pays en affectant l’approvisionnement en électricité des zones urbaines. Le PDG d’Ukrenergo affirme que les frappes visent à déconnecter les villes et à pousser les habitants à se déplacer.
La vulnérabilité du réseau électrique face aux attaques répétées
L’impact de ces frappes s’explique par la situation du système énergétique ukrainien. Le pays est passé de 38 gigawatts de capacité électrique opérationnelle avant le conflit à environ 17 gigawatts actuellement, alors que la demande hivernale se situe entre 18 et 19 gigawatts. Cette faible marge signifie que chaque attaque contre une installation majeure entraîne immédiatement des coupures.
Les sous-stations de 750 kV et 330 kV, qui assurent le transport de l’électricité depuis les centrales nucléaires vers les zones urbaines, font partie des cibles fréquemment visées. Lorsque ces infrastructures sont endommagées, des régions entières peuvent se retrouver déconnectées du réseau principal. La dégradation des centrales thermiques, qui fournissent la production flexible nécessaire au pilotage du réseau, complique également la gestion de l’approvisionnement électrique.
Les conséquences pour la population sont importantes. Des hôpitaux fonctionnent avec des générateurs de secours. Des écoles ont dû fermer temporairement. Des centaines de milliers de foyers se retrouvent régulièrement sans électricité ni chauffage. Les autorités ukrainiennes ont installé des tentes de réchauffement dans les quartiers touchés et réduit l’éclairage public pour préserver les ressources énergétiques disponibles.
Cette intensification des attaques survient alors que des pourparlers entre la Russie et l’Ukraine se sont tenus à Abou Dhabi début février. Les discussions, qui ont abouti à un échange de prisonniers, se déroulent dans un contexte où les frappes sur les infrastructures énergétiques se poursuivent. Certains observateurs y voient une tentative de renforcer la position de négociation russe, tandis que d’autres analystes estiment qu’il s’agit d’une stratégie militaire indépendante des discussions diplomatiques.
Face à cette situation, l’Ukraine bénéficie du soutien international pour maintenir son réseau électrique. Le pays a été relié au réseau européen en mars 2022, permettant des importations d’électricité. Des prêts de près de 2,8 milliards de dollars ont été accordés par des institutions financières internationales pour renforcer le système énergétique. L’Union européenne fournit également du matériel, notamment des groupes électrogènes pour les hôpitaux.
La question de la conformité de ces frappes au droit international humanitaire fait l’objet de débats. Certaines organisations internationales soulignent que les infrastructures civiles indispensables à la survie de la population bénéficient de protections spécifiques. D’autres analystes notent que la qualification juridique dépend de l’usage effectif de ces installations et de leur contribution aux opérations militaires.



