Des familles de soldats russes ont écrit directement à Vladimir Poutine pour dénoncer leur commandant. Un officier décoré par le Kremlin en 2024, aujourd’hui visé par des accusations de meurtre sur ses propres troupes.
En janvier 2025, des proches de soldats morts au front adressaient une lettre au maître du Kremlin. Le destinataire de leurs accusations : Alexeï Ksenofontov, commandant de l’armée russe, médaillé par Poutine quelques mois plus tôt. « Ils défendaient la Patrie avec honneur, écrivent-ils. Mais ils se sont retrouvés sous les ordres de commandants qui touchent des médailles pour des dizaines de milliers de morts. » Cette lettre restée sans réponse publique refait surface avec la diffusion du documentaire The Zero Line : Inside Russia’s War, produit par la BBC et publié cette semaine.
Quatre exécutions à bout portant
Ilya, 35 ans, ancien enseignant pour enfants autistes dans l’Oural, figure parmi les quatre déserteurs russes interrogés. Il affirme avoir vu Ksenofontov abattre personnellement quatre soldats — un à Panteleimonivka, trois à Novoazovsk, dans le Donetsk occupé. Seul survivant de sa promotion de 79 mobilisés à Perm en mai 2024, il décrit une unité décimée dès les premiers assauts.
Un autre témoin, Dima, 34 ans, mobilisé de force par la police sous menace d’emprisonnement, rapporte une scène distincte : une vingtaine d’anciens détenus alignés dans un fossé, exécutés après confiscation de leurs cartes bancaires. « Les sortir des registres ? Pas un problème, tu inventes un rapport », dit-il. Ces pratiques portent un nom dans les rangs russes : le zeroing, littéralement la « remise à zéro » — l’élimination discrète d’un soldat récalcitrant, effacé des registres par simple falsification administrative.
Un système de terreur interne documenté
Les soldats qui déclinent les missions décrites comme des « tempêtes de chair » — des vagues d’infanterie lancées sans protection pour saturer les lignes ukrainiennes — font face à la torture, à la privation de nourriture, parfois à l’électrocution, avant d’être renvoyés au front sans armes.
Depuis le début de la guerre à grande échelle en février 2022, le ministère britannique de la Défense estime les pertes russes — morts et blessés combinés — à plus d’1,2 million. Sur le seul exercice 2025, entre 900 et 1 500 soldats russes auraient été tués ou mis hors de combat chaque jour. Moscou n’a formulé aucune réaction officielle aux accusations contenues dans le documentaire, et le Kremlin n’a pas répondu publiquement à la lettre des familles adressée à Poutine il y a plus d’un an.
Le documentaire The Zero Line reste accessible en ligne. Aucune procédure judiciaire russe visant Ksenofontov n’a été annoncée à ce jour.

