« Starlink killer » : la Chine dévoile un générateur micro-ondes compact qui va inquiéter Musk

C’est une avancée qui pourrait redéfinir les rapports de force dans l’espace. Une équipe de scientifiques rattachée au Northwest Institute of Nuclear Technology (NINT), un centre de recherche militaire basé à Xi’an dans la province du Shaanxi, a présenté un appareil inédit : le TPG1000Cs. Il s’agit, selon ses concepteurs, du premier générateur compact au monde conçu pour alimenter une arme à micro-ondes de forte puissance. Leurs travaux, publiés dans la revue scientifique à comité de lecture High Power Laser and Particle Beams, détaillent un dispositif capable de libérer des impulsions électriques de 20 gigawatts sur une durée d’une minute entière — là où les technologies concurrentes connues jusqu’ici plafonnaient à quelques secondes seulement.

Ce qui frappe, c’est d’abord la compacité de l’engin. Long de quatre mètres pour une masse de cinq tonnes, il tient dans l’espace qu’occuperait un petit utilitaire. Les générations précédentes de ce type d’équipement nécessitaient au minimum le double en longueur et en poids, rendant tout déploiement mobile impensable. Le secret de cette réduction tient à un fluide isolant industriel baptisé Midel 7131, qui a permis à l’équipe de Wang Gang — responsable du laboratoire clé des sciences et technologies micro-ondes de haute puissance au NINT — de concentrer davantage d’énergie dans un volume restreint tout en limitant les déperditions. Résultat : un appareil suffisamment léger pour être installé sur un véhicule blindé, un bâtiment naval, un avion de combat ou même un engin spatial. Les chercheurs assurent par ailleurs que leur prototype a déjà subi plus de 200 000 cycles d’impulsions sans défaillance notable, avec la capacité de produire 3 000 décharges à haute énergie en une seule séquence opérationnelle.

La question qui agite les milieux de la défense est la suivante : à partir de quel seuil de puissance une telle arme deviendrait-elle dangereuse pour des satellites ? Certains spécialistes chinois estiment qu’un gigawatt suffirait à perturber sérieusement des engins spatiaux circulant à basse altitude. Le TPG1000Cs produit vingt fois cette puissance. Sur le papier, la constellation Starlink dElon Musk, qui orbite précisément dans cette zone, constituerait donc une cible potentielle.

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Starlink, l’empire satellitaire qui a changé la donne

Pour comprendre ce que Pékin cherche à contrebalancer, il faut mesurer l’ampleur de ce qu’a bâti le patron de SpaceX. Lorsqu’il dévoile son projet en janvier 2015, l’idée de tisser un filet de milliers de satellites autour de la Terre pour offrir internet au monde entier est accueillie avec autant de fascination que de scepticisme. Dix ans plus tard, le pari est non seulement tenu mais largement dépassé. Plus de 11 000 satellites ont été expédiés en orbite, dont quelque 9 500 fonctionnent actuellement. La couverture s’étend à plus de 155 pays, et le nombre d’abonnés dépasse les 9 millions.

La recette de cette domination repose sur un double pari industriel. D’un côté, la réutilisation systématique des fusées Falcon 9, qui a fait chuter le prix d’accès à l’espace de manière spectaculaire. De l’autre, la conception de satellites suffisamment miniaturisés pour en envoyer plusieurs dizaines à chaque vol. Cette logique de production quasi sérielle, inédite dans le secteur spatial, a marginalisé les concurrents comme OneWeb et contraint d’autres puissances, la Chine en tête, à lancer leurs propres programmes de méga-constellations. À terme, SpaceX ambitionne de faire voler 42 000 engins simultanément. Et début 2026, l’entreprise a engagé une manœuvre d’envergure : faire descendre environ 4 400 satellites de 550 à 480 kilomètres d’altitude, afin d’accélérer leur retombée naturelle en fin de vie et de réduire les risques d’embouteillage orbital.

Mais la véritable révélation est venue du champ de bataille. Quand la Russie envahit l’Ukraine en février 2022, Mykhaïlo Fedorov, alors ministre ukrainien de la Transformation numérique, lance un appel public à Elon Musk sur les réseaux sociaux. La réponse est quasi immédiate. Plus de 42 000 terminaux sont acheminés sur le territoire ukrainien au fil des mois. Le réseau devient ce qu’un expert en aéronautique et défense a qualifié d’infrastructure dont « absolument tout le front dépend ». Transmission d’ordres en temps réel, pilotage de drones de reconnaissance, tirs d’artillerie guidés par satellite : Starlink a comblé le vide laissé par les réseaux terrestres que les frappes russes avaient mis hors service. Elon Musk lui-même a qualifié son réseau de « colonne vertébrale des communications militaires ukrainiennes ». Du jamais vu : pour la première fois dans l’histoire des conflits armés, le déroulement d’une guerre dépend aussi étroitement d’une infrastructure appartenant à un entrepreneur privé.

Une course aux armes anti-satellites qui s’accélère

C’est justement cette démonstration grandeur nature en Ukraine qui a sonné l’alarme à Pékin. Des chercheurs de l’Université d’aéronautique et d’astronautique de Nanjing l’ont écrit noir sur blanc dans une publication parue dans Systems Engineering and Electronics : « La valeur potentielle d’application militaire de la méga-constellation Starlink a été mise en lumière dans le conflit russo-ukrainien. » Le même texte souligne que « la militarisation de l’espace s’est intensifiée ces dernières années, constituant une menace significative pour la sécurité spatiale de la Chine ».

L’apparition du TPG1000Cs n’est donc pas un coup d’éclat isolé. Elle traduit un effort systématique et assumé. L’an dernier, le Beijing Institute of Technology avait déjà modélisé par simulation informatique une attaque contre des satellites Starlink couvrant une surface équivalente à celle de Taïwan. L’intérêt pour les micro-ondes de forte puissance tient à leur nature même : contrairement à un missile antisatellite classique dont l’impact engendre une pluie de fragments métalliques restant en orbite pendant des années — menaçant indistinctement tous les opérateurs spatiaux, y compris celui qui a tiré —, un faisceau électromagnétique pourrait théoriquement griller les circuits d’un satellite sans laisser la moindre trace physique dans l’espace. Pour un État souhaitant neutraliser une constellation adverse sans déclencher de crise diplomatique ouverte, l’avantage est évident.

L’armée chinoise pense d’ailleurs cette technologie dans un cadre doctrinal plus large. Un rapport publié en avril 2025 par le commandement américain TRADOC décrit le concept opérationnel de l’Armée populaire de libération comme une approche visant à frapper simultanément les points névralgiques de l’adversaire — centres de commandement, radars, systèmes de défense antimissile, réseaux de communication — en combinant des moyens cinétiques, cybernétiques et électromagnétiques, plutôt que d’affronter ses forces de manière frontale.

Un paradoxe mérite enfin d’être relevé. En décidant de rapprocher ses satellites de la surface terrestre pour des motifs de sécurité orbitale, SpaceX les a involontairement placés à portée plus favorable des systèmes d’armes au sol. Washington et Moscou conduisent eux aussi des programmes dans le domaine des armes à énergie dirigée, mais Pékin, avec le TPG1000Cs, semble avoir pris de l’avance sur le volet spécifique de la miniaturisation.

Une nuance de taille s’impose toutefois avant de conclure. Ce que les chercheurs du NINT ont présenté est un générateur d’énergie — le cœur battant d’une future arme, pas l’arme elle-même. Entre un prototype de laboratoire qui accumule des impulsions de test dans un hangar de Xi’an et un système opérationnel capable de viser avec précision un satellite défilant à 27 000 km/h à plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes, le fossé technologique reste immense. Mais le message adressé par la Chine ne prête à aucune ambiguïté : dans la compétition spatiale qui s’intensifie, Pékin entend disposer des moyens de riposter.

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