Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a vivement réagi au plan européen visant à accorder à l’Ukraine un statut de membre partiel de l’Union européenne dès 2027. Sur le réseau social X, le dirigeant nationaliste a qualifié cette initiative de « déclaration de guerre ouverte » contre la Hongrie, accusant Bruxelles de vouloir écarter son gouvernement du pouvoir. Cette sortie intervient alors que les élections législatives hongroises d’avril 2026 s’annoncent particulièrement disputées, avec le parti d’opposition Tisza de Péter Magyar qui talonne le Fidesz dans les sondages. L’enjeu dépasse largement le cadre bilatéral : c’est toute l’architecture décisionnelle de l’UE qui pourrait être redéfinie si Bruxelles choisit de contourner le veto hongrois.
La colère d’Orbán trouve son origine dans un article du média Politico, qui a révélé l’existence d’une feuille de route en cinq étapes élaborée par des diplomates et responsables européens. Ce mécanisme, qualifié officieusement d’« élargissement inversé », bouleverse la logique traditionnelle d’adhésion au bloc communautaire. Plutôt que d’attendre qu’un pays candidat remplisse l’intégralité des critères de Copenhague avant d’obtenir un siège à la table européenne, ce dispositif permettrait à l’Ukraine de rejoindre progressivement les institutions du bloc tout en poursuivant ses réformes. Concrètement, Kyiv recevrait d’abord des recommandations informelles sur les différents chapitres de négociation, puis se verrait accorder des droits et obligations de manière échelonnée. Les responsables européens interrogés par Politico ont toutefois insisté sur le fait qu’aucun assouplissement ne serait consenti sur le volet des réformes structurelles exigées du pays candidat.
Le plan en cinq étapes de Bruxelles pour l’adhésion de l’Ukraine et le défi hongrois
Ce qui irrite particulièrement Budapest, c’est que plusieurs volets de ce plan semblent directement pensés pour neutraliser l’opposition hongroise. La troisième étape mentionnée par Politico évoque sans détour l’attente d’un éventuel changement politique en Hongrie après le scrutin d’avril. La Commission européenne et plusieurs capitales européennes observent avec attention la montée en puissance du parti Tisza, dont le leader Péter Magyar adopte une posture nettement plus favorable à l’intégration ukrainienne. Le quatrième volet mise quant à lui sur l’influence du président américain Donald Trump, dont le plan de paix en vingt points pour mettre fin au conflit russo-ukrainien inclut précisément l’adhésion de l’Ukraine à l’UE d’ici 2027. Enfin, en ultime recours, les rédacteurs de cette stratégie n’excluent pas le déclenchement de l’article 7 du traité sur l’Union européenne, un mécanisme qui permettrait de suspendre les droits de vote d’un État membre soupçonné de porter atteinte aux valeurs fondamentales du bloc. Si l’UE ne prévoit pas d’actionner ce levier dans l’immédiat, son évocation dans les discussions internes témoigne de la détermination croissante de Bruxelles à ne plus laisser un seul pays bloquer l’ensemble du processus décisionnel.
Depuis la révolution du Maïdan en 2014 et le début des hostilités avec la Russie dans l’est de son territoire, l’Ukraine a fait de son ancrage dans les structures occidentales une priorité stratégique absolue. Kyiv a signé un accord d’association avec l’UE, obtenu le statut de candidat officiel en juin 2022 et multiplié les démarches pour se rapprocher également de l’OTAN. Pour les dirigeants ukrainiens, l’intégration européenne représente bien plus qu’un projet économique : elle constitue une garantie de sécurité face à Moscou et un signal politique irréversible adressé à la communauté internationale. Le président Volodymyr Zelensky a d’ailleurs déclaré que son pays serait « techniquement prêt » pour l’adhésion dès 2027, soulignant que cette date devait figurer dans tout accord de paix éventuel afin d’être cosignée par l’Ukraine, l’Europe, les États-Unis et la Russie.
Élections en Hongrie et avenir de l’élargissement européen : Orbán sous pression
Viktor Orbán, qui entretient des relations étroites avec Moscou et s’est toujours opposé à l’envoi d’aide militaire à l’Ukraine, perçoit dans cette accélération une manœuvre destinée à affaiblir sa position tant sur la scène européenne que nationale. Lors d’un récent rassemblement à Szombathely, il a désigné l’Ukraine comme une « ennemie » de la Hongrie en raison de ses appels à couper les importations énergétiques russes, dont Budapest reste fortement dépendante. Le Premier ministre hongrois a également affirmé que Bruxelles souhaitait installer au pouvoir un gouvernement « pro-ukrainien et pro-guerre », instrumentalisant ainsi le dossier européen à des fins électorales. Plusieurs analystes soulignent que cette rhétorique guerrière s’inscrit dans une stratégie de mobilisation de son électorat à quelques semaines d’un scrutin où le Fidesz affronte pour la première fois depuis des années un adversaire crédible.
La confrontation entre Budapest et Bruxelles sur la question ukrainienne montre une tension structurelle au sein de l’Union européenne, où la règle de l’unanimité confère à chaque État membre un pouvoir de blocage considérable sur les décisions stratégiques. Si le scénario d’un « élargissement inversé » venait à se concrétiser, il créerait un précédent majeur susceptible de transformer durablement les mécanismes d’adhésion au bloc. Reste à savoir si les urnes hongroises, la diplomatie américaine ou les pressions institutionnelles européennes parviendront à débloquer une situation qui cristallise désormais les fractures géopolitiques les plus profondes du continent.



