Trois des quatre grandes économies du Golfe — l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar — ont engagé un examen interne de leurs engagements financiers envers les États-Unis, selon le Financial Times du 5 mars 2026. La démarche, conduite discrètement depuis le déclenchement des frappes américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février, porte sur la possibilité d’invoquer des clauses de force majeure dans des contrats existants et de suspendre des promesses d’investissement futures.
Un responsable du Golfe, cité par le Financial Times sans être nommé, a précisé que la revue couvre « les engagements d’investissement envers des États ou des entreprises, les sponsorings sportifs, les contrats avec des investisseurs et les ventes d’actifs », ajoutant qu’elle vise à « atténuer les pressions économiques anticipées liées à la guerre en cours ».
Des budgets fragilisés par les frappes iraniennes
Les représailles de Téhéran ont directement atteint les infrastructures économiques des monarchies du Golfe. La raffinerie de Ras Tanura, l’une des principales installations de Saudi Aramco avec une capacité de traitement de 550 000 barils par jour, a été visée le 2 mars par des drones iraniens, contraignant l’entreprise à interrompre temporairement sa production. Au Qatar, des drones ont frappé les installations de QatarEnergy à Ras Laffan et Mesaieed, poussant le deuxième producteur mondial de gaz naturel liquéfié à déclarer la force majeure et à suspendre ses livraisons, y compris deux cargaisons de GNL destinées à la Pologne prévues en avril et début mai.
Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz mondial, a reculé de 90 % depuis le début du conflit selon le cabinet d’analyse Kpler. Au moins dix pétroliers auraient été touchés dans le Golfe. À ces pertes de revenus énergétiques s’ajoutent l’effondrement du tourisme et de l’aviation — les aéroports de Dubaï, Abu Dhabi, Doha et Manama ayant été affectés — ainsi qu’une hausse brutale des dépenses militaires pour faire face aux attaques.
Une pression directe sur la Maison-Blanche
L’Arabie saoudite, les EAU et le Qatar avaient collectivement promis des centaines de milliards de dollars d’investissements aux États-Unis lors de la visite du président Donald Trump dans la région en mai 2025. Ce sont précisément ces engagements qui feraient l’objet de la révision en cours. Un conseiller d’un gouvernement du Golfe a confié au Financial Times que la perspective d’un retrait partiel avait déjà attiré l’attention de la Maison-Blanche.
L’homme d’affaires émirati Khalaf al-Habtoor a interpellé publiquement Trump sur le réseau X : « Qui vous a donné l’autorité de nous entraîner dans une guerre avec l’Iran ? », en soulignant que les fonds du Golfe avaient été engagés pour soutenir la stabilité et le développement, non pour financer un conflit exposant leurs pays à des représailles directes.
Les monarchies du Golfe n’avaient pas été associées à la décision d’attaquer l’Iran et avaient, selon plusieurs sources, demandé à Washington de privilégier une voie diplomatique avant l’opération militaire. Elles se retrouvent désormais simultanément alliées des États-Unis, cibles des frappes iraniennes et potentiellement en rupture économique avec Washington.
Aucune décision formelle annoncée
Aucun retrait officiel n’a été annoncé publiquement à ce stade. La suite dépendra en grande partie de la durée du conflit : les économistes de Commerzbank estiment que si la guerre devait s’étendre sur plusieurs mois, l’inflation dans la zone euro augmenterait d’au moins un point de pourcentage.
Si les frappes iraniennes sur les infrastructures du Golfe se poursuivent au même rythme, d’autres opérateurs énergétiques de la région devraient à leur tour invoquer la force majeure, selon le PDG de QatarEnergy, Saad al-Kaabi, cité par le Financial Times.

