L’ère du numérique au Bénin ressemble de plus en plus à un terrain miné où la quête effrénée de visibilité se heurte brutalement à la rigueur de la loi. En l’espace de quelques mois, les arrestations et condamnations de figures de proue du réseau social TikTok se sont multipliées, jetant une lumière crue sur un phénomène inquiétant : la confusion entre divertissement, mise en scène criminelle et cyberdélinquance. Le tiktokeur béninois connu sous le pseudonyme de Flapacha Premier a été condamné à 60 mois de prison ferme et à plusieurs millions de francs CFA d’amendes. L’origine de cette déchéance ? Une vidéo devenue virale en août 2025, simulant l’enlèvement et la séquestration d’un autre créateur de contenu, Jérémie Degamer. Ce qui se voulait une mise en scène pour générer des vues et des contributions financières s’est transformé en un dossier criminel lourd. Le Centre national d’investigation numérique (CNIN) a rapidement démasqué la supercherie. Plus grave encore, l’exploitation du téléphone du prévenu a révélé des activités liées à la cybercriminalité, scellant ainsi son sort devant la juridiction spéciale. L’affaire Flapacha n’est pas un cas isolé, mais le sommet d’un iceberg qui ne cesse de s’étendre. Le paysage numérique béninois est en émoi face à une série d’arrestations visant des « influenceurs ». Le couple Barnabé et Laura, autrefois célébrés pour leurs contenus de divertissement, ont rejoint la liste des créateurs de contenu rattrapés par la justice. Alain Kenneth, l’un des plus actifs de TikTok au Bénin, a été arrêté à Godomey et transféré à Zinvié avant d’être relâché. Son dossier, désormais entre les mains de la Criet, souligne la volonté des autorités de ne laisser aucune zone d’ombre sur les activités numériques suspectes, même si la nature exacte des faits reprochés reste pour l’heure protégée par le secret de l’enquête. On pourra citer de nombreux autres cas.
Le besoin urgent d’une régulation pédagogique
Ces événements posent une question fondamentale : où s’arrête la liberté de création et où commence l’infraction pénale ? Au Bénin, le Code du numérique sert de boussole à la Criet et au Cnin pour assainir l’espace virtuel. Les dérives observées — appels à contribution frauduleux, simulations d’actes criminels, injures publiques et cyber-escroqueries — ne sont plus perçues comme de simples « erreurs de jeunesse » ou des « blagues de réseaux sociaux ». Elles sont traitées comme des menaces à l’ordre public et à la sécurité économique. Si la répression est désormais une réalité tangible, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer une régulation plus structurelle.
Il faut une éducation aux médias. Il devient impératif d’intégrer des modules de sensibilisation sur les responsabilités juridiques des créateurs de contenu. Beaucoup ignorent que poster une vidéo simulant un crime tombe sous le coup de la loi pour « fausse alerte » ou « escroquerie ». L’éducation aux médias apparait ici non seulement comme une méthode de régulation, mais aussi et surtout, de protection et de sécurisation des jeunes et adolescents en ligne.
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