Détroit d'Ormuz : l'appel de Trump à la France et à la Chine sera-t-il entendu ?

Au quinzième jour de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, Donald Trump a publiquement appelé plusieurs grandes puissances à envoyer des navires de guerre dans le détroit d’Ormuz pour le rouvrir à la navigation commerciale. La Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud et le Royaume-Uni sont nommément désignés. Aucun de ces pays n’a confirmé sa participation à ce stade.

C’est via Truth Social que Donald Trump a lancé cet appel samedi 14 mars. Le président américain a affirmé que de nombreux pays, en particulier ceux affectés par la fermeture tentée du détroit d’Ormuz par l’Iran, enverraient des navires de guerre conjointement avec les États-Unis pour maintenir le passage ouvert et sécurisé. Dans un second message publié dans la foulée, il a précisé que les pays du monde qui reçoivent du pétrole via le détroit d’Ormuz devaient prendre soin de ce passage, tout en affirmant que Washington les aiderait. Aucun des pays nommément cités n’a donné la moindre indication qu’il enverrait des navires de guerre.

Une guerre déclenchée sans consultation préalable des alliés

La décision de frapper l’Iran, dans la nuit du 28 février, a pris de nombreux Américains par surprise. Trump n’a pas sollicité d’autorisation du Congrès pour entrer en guerre, et n’a pas mené d’effort visible pour obtenir un soutien international large avant l’opération.

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Au-delà du Congrès, certains alliés de l’OTAN ont montré des réticences à être entraînés dans le conflit. Les contre-attaques iraniennes ont notamment affecté des installations militaires de pays membres de l’OTAN dans la région, dont une installation italienne en Irak et au Koweït, ainsi qu’une base navale française aux Émirats arabes unis.

Quant à la Chine, selon des sources proches du dossier, Trump a déclenché l’attaque après plusieurs semaines de lobbying exercé par Israël et l’Arabie saoudite, tandis que les évaluations des services de renseignement américains ne faisaient état d’aucune menace imminente de la part de l’Iran. Pékin n’a pas été consulté.

Trump reconnaît que l’Iran conserve des capacités offensives

Tout en affirmant avoir détruit 100 % des capacités militaires iraniennes, Trump a reconnu qu’il était facile pour l’Iran d’envoyer un ou deux drones, de poser des mines ou de tirer des missiles à courte portée dans ou le long du détroit, aussi sévèrement défait que le pays soit.

Washington prépare par ailleurs des opérations potentielles visant à neutraliser les missiles anti-navires iraniens déployés dans la zone, avant tout début d’escorte militaire de navires commerciaux. Le secrétaire à l’Énergie Chris Wright avait pourtant indiqué quelques jours plus tôt que les États-Unis n’étaient pas encore en mesure d’escorter des navires dans le détroit.

Frappe sur Kharg Island : un avertissement sans effet immédiat

Les forces américaines ont visé l’île de Kharg, le principal terminal pétrolier iranien, par lequel transite environ 90 % des exportations de brut du pays. Plus de 90 cibles militaires ont été frappées, dont des installations de stockage de mines navales et des bunkers de missiles, tandis que les infrastructures pétrolières ont été épargnées. Trump a néanmoins menacé de frapper ces infrastructures si l’Iran devait interférer avec le libre passage des navires dans le détroit. Dans le même temps, les États-Unis ont annoncé l’envoi de plusieurs milliers de militaires supplémentaires et de navires additionnels vers la mer d’Arabie.

L’Iran maintient sa position

Le chef de la marine des Gardiens de la révolution a affirmé que le détroit d’Ormuz n’avait pas été militairement fermé et se trouvait simplement sous contrôle iranien, ajoutant que les Américains avaient faussement prétendu avoir détruit la marine iranienne, puis faussement annoncé l’escorte de pétroliers, et demandaient maintenant des renforts à d’autres. Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a précisé que le détroit restait fermé aux navires appartenant aux ennemis de l’Iran et à leurs alliés.

Des enjeux économiques mondiaux

Le détroit d’Ormuz, large de 54 kilomètres à son point le plus étroit, est le passage par lequel transite normalement un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondial. Sa fermeture pèse directement sur les marchés énergétiques internationaux et sur les pays les plus dépendants des importations du Golfe, dont la Chine et le Japon. La paralysie du passage a déjà contraint Pékin à se tourner vers d’autres fournisseurs, au profit notamment de la Russie, précisément au moment où Washington sollicite Pékin pour une coalition navale.

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