La Commission électorale nationale indépendante du Nigeria (INEC) a publié le 26 février 2026 un nouveau calendrier pour les élections générales de 2027, avançant le scrutin présidentiel et législatif au 16 janvier 2027, soit plus d’un mois avant la date initialement prévue. Les élections des gouverneurs et des assemblées des États sont fixées au 6 février 2027.
Ce réajustement fait suite à la promulgation de l’Electoral Act 2026, signé par le président Bola Tinubu le 18 février, moins de vingt-quatre heures après son adoption par les deux chambres du Parlement fédéral nigérian. La nouvelle loi abroge l’Electoral Act de 2022 et introduit plusieurs modifications aux délais régissant les activités pré-électorales, rendant l’ancien calendrier juridiquement incompatible avec le nouveau cadre légal.
Des délais de conformité jugés inapplicables
Au-delà du changement de dates, c’est la mécanique interne du nouveau calendrier qui concentre les critiques de l’opposition. Les partis politiques sont tenus de soumettre à l’INEC un registre numérique complet de leurs membres — incluant numéros d’identification nationaux (NIN) et photos — avant le 2 avril 2026. Les primaires se tiennent entre le 23 avril et le 30 mai 2026. L’article 77 de l’Electoral Act 2026 prévoit explicitement qu’un parti ne respectant pas ce délai de soumission du registre ne pourra pas présenter de candidats lors du scrutin.
Le secrétaire national à la communication du Congrès démocratique africain (ADC), Bolaji Abdullahi, a dénoncé dans un communiqué des conditions « quasi impossibles à remplir » pour les formations d’opposition, qualifiant le nouveau calendrier d’« instrument politique soigneusement structuré pour restreindre l’espace démocratique ».
Une coalition d’opposition face à un Sénat fermé
Le 27 février, une coalition réunissant les principales figures de l’opposition s’est réunie en conférence de presse à Abuja pour rejeter conjointement l’Electoral Act 2026 et le calendrier révisé. L’ancien vice-président Atiku Abubakar, l’ancien gouverneur de Rivers State Rotimi Amaechi, l’ancien candidat à la présidentielle Peter Obi, l’ancien président du Sénat David Mark — président national de l’ADC — ainsi que le président national du New Nigeria Peoples Party (NNPP), Ajuji Ahmed, ont appelé l’Assemblée nationale à ouvrir immédiatement un nouveau processus d’amendement de la loi.
Le Sénat a rejeté cette demande dans la journée, renvoyant les opposants à user des voies parlementaires ordinaires. La Présidence a qualifié les accusations de « téméraires et infondées », dans un communiqué signé par le conseiller spécial à l’information Bayo Onanuga.
La loi fait l’objet de contestations sur deux dispositions précises. L’article 60(3) prévoit la transmission électronique des résultats électoraux, mais accorde au président de bureau de vote un pouvoir discrétionnaire non défini pour y déroger, ce que l’opposition interprète comme une ouverture à la manipulation lors de la centralisation des résultats. L’article 84 limite les modes de désignation des candidats aux seules primaires directes et au consensus, supprimant les primaires indirectes par délégués qui existaient sous l’ancienne loi.
Des organisations de la société civile, dont Yiaga Africa et le Centre for Media and Society (CEMESO), ont condamné la rapidité d’adoption du texte et signalé des failles susceptibles de compromettre la crédibilité du scrutin.
Un processus déjà engagé
Malgré la controverse, l’INEC a indiqué que le calendrier était conforme à la Constitution nigériane de 1999 et que ses délais seraient strictement appliqués. La première échéance concrète pour les partis est fixée au 2 avril 2026, date limite de soumission des registres de membres. Les primaires devront être achevées au plus tard le 30 mai, et les campagnes présidentielle et législative débuteront officiellement le 19 août 2026.

