Depuis le déclenchement des frappes américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février 2026, la Russie s’impose comme le pays qui tire le plus grand profit du conflit, sans y participer militairement. La hausse des prix des hydrocarbures, la réorientation des flux énergétiques mondiaux et l’affaiblissement de la posture américaine convergent pour renforcer la position de Moscou sur plusieurs fronts simultanément.
Les revenus pétroliers russes en forte hausse
Le baril de brut russe Oural a bondi de plus de 6 % dès la réouverture des marchés le 2 mars, atteignant 62,5 dollars, son niveau le plus élevé depuis septembre 2025. Selon des projections publiées par le cabinet d’analyse Kpler, un baril d’Oural stabilisé autour de 83 dollars accroîtrait de 50 % les recettes d’exportation pétrolière du Kremlin par rapport à la période janvier-février 2026 — un niveau nettement supérieur au prix de référence de 59 dollars retenu par le ministère russe des Finances lors de l’élaboration du budget fédéral.
La paralysie du détroit d’Ormuz depuis le 1er mars, par lequel transite environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole, a contraint plusieurs importateurs majeurs à revoir leurs approvisionnements. La Chine, principal client de l’Iran, s’est tournée vers la Russie pour compenser les volumes manquants. Des données de suivi de navires compilées par Bloomberg indiquent que les tankers russes ont accéléré leurs rotations vers les ports chinois. L’Inde, dont les importations de brut russe avaient reculé à leur plus bas niveau depuis 2022 sous pression américaine, envisage selon l’agence de presse ANI de rouvrir ce canal d’approvisionnement.
L’Ukraine, bénéfice indirect mais concret
L’impact du conflit sur le dossier ukrainien est analysé par plusieurs experts comme un avantage structurel pour Moscou. Le chroniqueur de Bloomberg Opinion Marc Champion a estimé le 3 mars que « la Russie est déjà le bénéficiaire évident de la décision du président Trump de déclencher une guerre contre l’Iran », en soulignant que l’opération épuise les stocks de missiles américains — offensifs comme défensifs — tout en faisant grimper les prix des hydrocarbures dont dépendent l’économie et le budget militaire russes. Les négociations entre Washington et Moscou sur l’Ukraine, prévues les 5 et 6 mars à Abu Dhabi, ont par ailleurs été perturbées par le déclenchement du conflit, selon des déclarations du président ukrainien Volodymyr Zelensky, repoussant un calendrier diplomatique déjà incertain.
Une fracture occidentale qui profite à Moscou
Le conflit a révélé des tensions au sein de l’Alliance atlantique sans provoquer de rupture ouverte. Dans une allocution télévisée le 3 mars, le président français Emmanuel Macron a qualifié les frappes américano-israéliennes d’opérations menées « en dehors du droit international, ce que nous ne pouvons approuver », tout en imputant à Téhéran la « responsabilité première » de la crise. Conjointement avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, il a demandé « un arrêt au plus vite des frappes » et la reprise de négociations diplomatiques, sans se désolidariser de l’Alliance sur le plan défensif.
Cette prise de distance sur la forme réduit la capacité des alliés à maintenir un front uni face à Moscou sur le dossier ukrainien. Le gaz russe, écarté des marchés européens depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, fait discrètement son retour dans les discussions énergétiques de plusieurs capitales, selon des sources citées par la presse allemande, sous la pression de la flambée des prix consécutive à la suspension de production de QatarEnergy.
Des nuances subsistent dans cette lecture. Un député russe cité par le quotidien Moskovski Komsomolets a relevé qu’à long terme, la destruction du régime iranien — membre des BRICS et partenaire stratégique de Moscou — constituerait une perte géopolitique significative pour la Russie.
La capacité de Moscou à tirer pleinement profit de la situation dépendra en grande partie de la durée du conflit, que Donald Trump a lui-même estimée entre quatre et cinq semaines le 1er mars.

