Un ancien haut responsable du renseignement américain rompt publiquement avec la stratégie militaire de Donald Trump. Six jours après sa démission fracassante, Joe Kent juge qu’une opération de saisie de l’île de Kharg serait «un désastre».
Joe Kent a quitté la direction du Centre national de lutte contre le terrorisme (NCTC) le 17 mars 2026, devenant le plus haut responsable de l’administration Trump à rompre publiquement avec le président sur la guerre contre l’Iran. Dans un entretien accordé au Washington Post, il a ciblé l’un des scénarios militaires envisagés à Washington.
Une opération jugée militairement intenable
Selon le Washington Post, l’administration Trump examine la possibilité d’occuper ou de bloquer Kharg Island, principale plateforme d’exportation pétrolière iranienne dans le golfe Persique, pour contraindre Téhéran à rouvrir le détroit d’Ormuz. Kent a rejeté ce scénario sans ambages : une telle opération reviendrait, selon lui, à «donner à l’Iran une poignée d’otages sur une île qu’ils pourraient pilonner avec des drones et des missiles».
L’argument est d’ordre tactique. Kharg Island se trouve à environ 25 kilomètres des côtes iraniennes, à portée directe des systèmes de missiles balistiques et des drones de combat dont les Gardiens de la révolution islamique disposent en grand nombre. Toute force déployée sur l’île serait exposée à des frappes continues sans possibilité de manœuvre.
Une démission sous enquête du FBI
Dans sa lettre de démission, Kent a soutenu que Trump avait été induit en erreur sur la menace que représentait l’Iran, et accusé des responsables israéliens et des lobbyistes d’avoir poussé le président à abandonner son agenda «America First». Trump a balayé la démission, affirmant avoir «toujours pensé qu’il était faible sur la sécurité».
La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a indiqué que Trump disposait de «preuves solides et convaincantes» que l’Iran s’apprêtait à frapper en premier. Kent fait par ailleurs l’objet d’une enquête du FBI pour fuite présumée d’informations classifiées, une procédure ouverte avant même sa démission.
Javed Ali, ancien directeur du contre-terrorisme au Conseil de sécurité nationale sous Trump, a qualifié la démission de Kent de «virtuellement sans précédent», soulignant qu’il n’avait pas été contraint de partir mais avait choisi de le faire par principe. Le poste de directeur du NCTC, soumis à confirmation sénatoriale, devra être pourvu par une nouvelle nomination de Trump.

